Skip to main content

Full text of "La dentelle : guide du visiteur"

See other formats


ÎNI     NVIN0SH1IIAIS     S3ldVUan      LIBRARIES     SMITHSONIAN     INSTITUT 
r-      >  z  r-  z  r- 

J^  /^I^fc^'oX        CO       /-^rtf»i:<A         —  JfflWfs  CD 

"/<  > 

33     u; 

co  ±  c/)  —  ±  en 

ES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIIDIIISNI      NVIN0SH1IIAIS    S3IUVUÉ 

co  z  co 

-  ^^'        - 

>  s 

^  (O  '**'  Z  CO  z 

■NI_NVIN0SH1IWS     S3ldVdail     LIBRARIES     SMITHSONIAN     INSTITUTI 

2  -J  2  -J  Z 

ES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIlflillSNI    NVINOS.HJLIWS     S3IHVUÈ 

±  en  ±  —  co 

3NI     NVIN0SH1IIMS     S3IUVU8n     LIBRARIES     SMITHSONIAN     INSTITUT 
z         ^ ^         co  z  .,.  co  2: 


2  ^  > 

en  z  en  *       z  co 

ES    SMITHSONIAN      INSTITUTION     NOIIDIIISNI     NVIN0SH1IWS     S3IUVU 

00  2  ^  ~  .  .  CO 


;ni   NviNOSHims   saiavuan    libraries    smithsonian   institut 

Z  I- 

CD 

33     /Ci 

>    fe 
33     \S\ 

m 

co  ±  co 

ES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIinilJLSNI      NVIN0SH1IWS    S3IUVUÉ 
^         . ^         z      \  co  z  £  . 


%.    en 


)liniliSNI     NVIN0SH1IWS     S3IUVUai1      LIBRARIES     SMITHSONIAN     \h 
r~       >  2  r~  2  r- 


v>  -  in  —  ?  co 

BRARIES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIinillSNI      NVINOSH1IWS    S" 
\  ^  2      '*  en  2  co 

■*%§&&    s       %  5        AÊt>      -    /«SB? 

00 


uiniiisNi_NViN0SHiii/\isc/}S3  i  a vd  a  hzli  B RAR  I  ES^SMITHSONIAN^IN 

co  —  </)  — 

H 


o 

2 


BRARIES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIinillSNI     NVIN0SH1IWS     S 


v>  -  —  co 

)iinmsNi   nvinoshiiws   saïuvuan   libraries   smithsonian    \b 

2  en  21  ...  in  2 


> 

C/5  2  CO  *         2  if) 

BRARIES    SMITHSONIAN      INSTITUTION     NOIJ.nilJ.SNI     NVINOSHIIWS     S 
^  2         ^ .  œ  ^  co 

< 

ce 

m 

2  _J  z 

HinillSNI^NVINOSHlIlMS     S3  I  H  VU  a  11      Ll  B  RAR  I  ES     SMITHSONIAN' 


?o 


3 


Cfl 

m 
1/5  —  in  fE  co 

BRARIES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIinillSNI      NVIN0SH1IWS    S' 
\  H;         ^ .  z      '♦  go  z  co 


|X  DES  «RTS  DECOHflriFS  ET  INDUSTRIELS 

wl  I 


ancrais  du  Cinquantenaire 
=====  A    BRUXELLES  == 


La  Dentelle 


GUIDE    DU    VISITEUR 

PAR 

Eug.  VAN  OVERLOOP 

CONSERVATEUR   EN  CHEF 


PRIX     :     50     CENTIMES 


BRUXELLES 


IMPRIMERIE  DREESEN  &  DE  SMET,  RUE  DES  URSULINES,  37 


LIBRARY  OF  THE 
COOPER-HEWITT  MUSEUM  OF  DESIGN 

•   SMITHSONIAN  INSTITUTION  • 

Bequest  frcm 
E state  of  Marian  Hague 


mUSEES  ROYAUX  DES  ARTS  DECORATIFS  ET  INDUSTRIELS 

Palais  du  Cîrje^uanbeiiai^e 
==  A    BRUXELLES  = 


La  J9et)telle 


GUIDE    DU    VISITEUR 


PAR 


Eug.  VAN  OVERLOOR^ 

CONSERVATEUR   EN   CHEF 


PRIX      :      50     CENTIMES 


BRUXELLES 


IMPRIMERIE  DREESEN  &  DE  SMET.  RUE  DES  URSULINES,  37 


111/ 
iJll 


Monogramme   des   Archiducs   Albert  et   Isabelle, 
détail    du     couvre-pild    en    dentelle     de    bruxelles. 

1599. 


AVANT-PROPOS 


La  création,  dans  nos  Musées,  d'un  compar- 
timent de  la  dentelle,  est  due  à  l'initiative  de 
Mine  Montefiore  Levi.  Cette  généreuse  bienfaitrice 
s'occupa  de  réunir,  à  notre  intention,  un  ensemble 
important  de  dentelles,  qu'elle  nous  offrit  et  qui 
constitua  le  premier  fonds  de  notre  collection  (1). 
Nous  lui  devons  donc  un  hommage  tout  spécial, 
et  il  a  paru  que  la  meilleure  façon  de  le  lui 
rendre  était  d'attacher  son  souvenir  à  l'ensemble 
de  la  section,  dont  le  local  a  reçu,  dans  cette 
pensée,  le  nom  de  salle  Montefiore. 

La  collection  s'est  accrue,  depuis,  de  nombreux 
dons,  que  nous  aurons  soin  de  rappeler,  en  leur 
temps,  pour  ce  qui  concerne  les  pièces  les  plus 
importantes. 


(1)  Les  dentelles  faisant  partie  du  fonds  Montefiore  sont  numé- 
rotées en  rouge. 


A  côté  de  ces  dernières,  nous  avons  reçu,  en 
grand  nombre,  des  spécimens  de  dentelles,  plus 
modestes,  sans  doute,  mais  qui  nous  ont  permis 
de  jeter  les  bases  d'une  collection  documentaire, 
appelée,  pensons-nous,  à  rendre  de  réels  services. 
Nous  adressons  ici  nos  vifs  remercîments  aux 
personnes  qui  nous  ont  aidé  de  la  sorte  et  dont 
les  noms  se  trouvent  consignés  dans  la  liste  qui 
figure  à  la  fin  du  présent  Guide. 

Enfin,  nous  nous  faisons  un  devoir  d'exprimer 
notre  gratitude  envers  Mme  Kefer-Mali,  qui,  depuis 
plusieurs  années,  nous  seconde  de  ses  qualités 
d'artiste,  et  de  ses  connaissances  techniques, 
dans  les  arrangements  de  nos  vitrines.  C'est  à 
elle  que  revient  notamment  le  mérite  d'avoir 
entremêlé  les  pièces  de  notre  collection  de  ces 
instructifs  portraits  «  à  dentelles  »,  si  unanime- 
ment appréciés  et  que  notre  précieuse  collabora- 
trice nous  a  gracieusement  offerts. 


DIVISION  GENERALE 


La  Section  de  la  dentelle  se  partage  en  trois 
compartiments,  montrant  successivement  : 

1°  Les  industries  connexes,  ayant,  dans  une 
certaine  mesure,  préparé  les  voies  à  la  dentelle; 

2°  Les  dentelles  à  la  main  (aiguille  et  fuseaux), 
de  fabrication  belge  ; 

3°  Les  dentelles  à  la  main,  d'origine  étran- 
gère. 

Un  quatrième  compartiment,  en  préparation, 
comprendra  les  «  dentelles  »  exécutées  autrement 
qu'à  l'aiguille  et  aux  fuseaux,  les  dentelles  au 
crochet,  par  exemple,  ainsi  que  les  produits 
d'imitation  ou  dentelles  mécaniques. 


INDUSTRIES  CONNEXES 


Certaines  industries,  plus  anciennes  que  la 
dentelle,  ont  donné  naissance  à  des  produits 
ajourés,  susceptibles  de  réaliser  déjà,  dans  la 
toilette  et  dans  l'ameublement,  les  effets  de  trans- 
parence et  de  légèreté  que  la  dentelle  porta  si 
haut.  Leur  technique  possède,  d'autre  part,  divers 
points  en  commun  avec  la  technique  dentellière. 
Ces  industries  ont  donc  vraiment,  pouvons-nous 
dire,  tracé  les  voies  à  la  dentelle. 

Leurs  produits  se  partagent  en  deux  groupes  : 
les  travaux  de  broderie,  précurseurs  du  point  à 
l'aiguille  et  les  travaux  de  passementerie,  d'où 
sont  sorties  les  dentelles  aux  fuseaux. 

Travaux  de  Broderie. 

N'ayant  à  considérer  dans  la  broderie  que  la 
devancière  de  la  dentelle,  nous  nous  bornerons 
à  parler  des  broderies  les  plus  voisines  de  cette 


—  6 


dernière  :  les  broderies  blanches  et  ajourées. 
Celles-ci  comprennent  :  le  filet  brodé,  la  broderie 
à  fils  tirés,  le  lacis  et  le  point  coupé. 

Filet  brodé.  —  Ce  genre  de  travail  comporte 
nécessairement  deux  phases  :  la  confection  du 
filet  lui-même,  s'efFectuant  à  l'aide  d'un  moule  et 
d'une  aiguille  à  filocher  ;  puis,  l'œuvre  de  broderie 
proprement  dite,  consistant  à  recouvrir  le  filet  de 
dessins  variés,  exécutés  au  point  de  reprise. 

Les  contours  de  ces  derniers  sont  nécessaire- 
ment influencés  par  la  disposition  rectangulaire 
des  mailles  qu'ils  sont  obligés  de  suivre.  Il  en 
résulte  un  aspect  raide  et  anguleux,  peu  favo- 
rable, notamment  à  la  représentation  des  figures. 

Le  filet  brodé  jouit  d'une  grande  faveur  au 
Moyen-âge  et  à  l'époque  de  la  Renaissance,  non 
seulement  pour  l'ameublement,  mais  encore  pour 
le  costume.  On  lui  donnait  aussi  le  nom  de  réseau 
ou  réseuil. 

Souvent,  les  morceaux  de  filet  brodé  étaient 
incrustés  dans  de  la  toile,  soit  unie,  soit  brodée. 

La  mode  en  est  revenue  de  nos  jours,  du  moins 
en  ce  qui  concerne  l'ameublement.  L'intérêt 
archéologique,  que  présentent  nos  spécimens 
anciens,  se  trouve  ainsi  doublé  d'un  regain 
d'actualité. 


Grande  vitrine  verticale.  Filet  brodé,  travail 
italien  de  l'époque  de  la  Renaissance.  Belle  com- 
position, rinceaux  élégants,  peuplés  de  figures 
d'hommes  et  d'animaux  ;  vers  le  centre,  à  droite, 
l'inscription  Tigris,  reproduite  vers  la  gauche,  en 
contrepartie.  Dans  les  angles,  des  portraits 
accompagnés  d'initiales.  Dans  la  bordure,  une 
armoirie  reproduite  plusieurs  fois-. 

(Collect  ion  Mon  tefiore .  ) 

Sur  l'autre  face  de  la  vitrine  : 

Un  panneau,  à  trois  compartiments,  avec 
figures  d'animaux  (licorne,  aigle  et  cigogne, 
cerf  fuyant),  travail  français,  de  la  fin  du 
XVIe  siècle  ; 

A  gauche  de  ce  morceau,  un  fragment  de  filet 
coupé.  Dans  cette  variante,  assez  rare,  du  travail 
de  filet,  on  mettait  à  profit  la  consolidation 
résultant  du  travail  de  broderie,  pour  éliminer,  à 
l'aide  de  ciseaux,  une  partie  du  filet  primitif; 

Annonciation,  en  style  italien,  portant  la  date 
1628; 

Fragment  d'une  autre  Annonciation,  en  style 
flamand,  du  XVIIe  siècle; 

(Collection  Montefiore.) 

Dans  le  haut,  composition  religieuse,  travail 
hongrois,  paraissant  moins  ancien. 

Vis-à-vis  de  la  vitrine  précédente,  deux  cadres 


3  et  4.  renferment  des  filets  brodés,  encadrés  de  bandes 
de  toile,  ornées  de  point  coupé.  La  plupart  de 
ces  objets  sont  du  XVIIe  siècle.  Ils  se  signalent 
par  une  grande  variété  dans  les  dessins.  Deux 
d'entre  eux  portent  une  bordure  de  filet  brodé, 
en  forme  de  dents.  L'usage  de  ces  bords  «  den- 
telles »,  comme  on  les  appelait  jadis,  est  anté- 
rieur à  l'apparition  de  la  dentelle  ;  celle-ci  les 
adopta,  à  son  tour,  et  finit  par  en  garder  le  nom. 

[Collection  Montefiore.) 
5.  Paroi  verticale.  Longues  bandes,  sur  lesquelles 

des  carrés  de  filet  alternent  avec  de  la  toile 
brodée,  que  décorent,  en  outre,  des  motifs  étoiles, 
au  point  à  l'aiguille,  d'une  grande  variété  et  d'une 
exécution  très  fine.  Les  dessins  en  sont  em- 
pruntés, pour  une  partie  du  moins,  au  célèbre 
livre  de  modèles,  publié,  vers  la  fin  du  seizième 
siècle,  par  l'italien  Vinciolo,  que  Catherine  de 
Médicis  avait  fait  venir  à  la  cour  de  France. 

(Legs  de  Biefve.) 
L'on  a  réuni,  dans  la  partie  inférieure  de  cette 
vitrine,  une  série  de  filets  de  couleur,  espagnols, 
italiens  et  flamands,  du  XVIIe  siècle,  dépendant 
de  la  collection  Montefiore,  ainsi  qu'un  choix  de 
filets  brodés  persans,  très  anciens  et  devenus  fort 
rares,  rapportés  de  Téhéran  et  offerts  au  Musée 
par  Mme  Naus. 


-  9  - 

6.  Sur  la  paroi  verticale  de  la  vitrine  suivante, 

fragments  de  courtines,  où  se  trouvent  retracées 
des  scènes  de  l'histoire  de  la  Compagnie  de  Jésus. 
Ces  pièces  présentent  un  enchevêtrement  de  filet 
brodé,  de  point  coupé  et  d'une  sorte  d'ouvrage  en 
étoile,  semi  dentelle,  semi  macramé  (travail  à 
nœuds). Elles  proviennent  de  l'église  Saint-Charles 
(anciennement  église  des  Jésuites),  à  Anvers,  où  il 
en  subsiste  encore  d'autres  fragments,  servant 
aujourd'hui  de  nappes  de  communion. 

[Collection  Montefiore.) 
Dans  la  partie  inférieure  de  la  vitrine,  d'autres 
filets  brodés,  d'origines  diverses,  appartenant, 
pour  la  plupart,  au  XVIIe  siècle  et  dont  l'un, 
représentant  les  attributs  de  la  Passion,  porte  la 
date  1612.  {Collection  Montefiore.) 

Broderie  à  fils  tirés.  —  Cet  ouvrage  délicat 
consiste  à  retirer,  par  endroits,  de  la  toile  des  fils 
de  chaîne  et  de  trame,  dans  la  proportion  des 
«  clairs  »  qu'on  désire  obtenir;  puis  à  recouvrir 
d'un  travail  de  broderie  les  parties  du  tissu 
éclair cies  de  la  sorte. 

Parfois,  au  lieu  de  retirer  les  fils,  on  se  borne 
à  les  partager  en  minces  faisceaux,  serrés  à 
l'aiguille  et  écartés  les  uns  des  autres  par  le  fait 
même  de  ce  serrement.  On  traite  les  «  jours  »  qui 


-  10  - 

6.         en  résultent  tout  comme  les  «  jours  »  provenant 
des  fils  tirés.  C'est  la  broderie  à  fils  écartés. 

Un  procédé,  plus  sommaire  encore,  consiste  à' 
semer  de  petits  jours  la  broderie  sur  toile  en  la 
trouant    simplement    au    moyen    d'une    grosse 
aiguille.  Mais  il  va  sans  dire  qu'il  n'en  résulte 
qu'un  aj  ou  rage  très  relatif. 

C'est  le  cas  pour  diverses  pièces  de  la  collection, 
notamment  pour  le  gilet  Louis  XVI  et  pour  la 
petite  camisole  d'enfant,  exposés  dans  la  vitrine 
n°  89.  (Collection  Montefiore.) 

Mais  revenons  au  fil  tiré  proprement  dit. 

Souvent,  les  fils  étaient  tirés  dans  les  deux 
sens,  avec  une  régularité  qui  transformait  les  élé- 
ments restants  en  une  sorte  de  canevas,  sur 
lequel  d'étroites  réserves  de  toile  dessinaient  un 
décor  ou  une  inscription.  Dans  ce  cas,  les  fils 
formant  treillis  étaient,  avant  qu'on  les  recouvrît 
de  broderie,  presque  toujours  renforcés  et  fixés 
par  un  enroulement  qui  leur  donnait  une  grande 
solidité.  On  en  usa  de  la  sorte,  principalement, 
aux  époques  anciennes. 

7.  La  vitrine  n°  7  nous  en  montre  un  exemple 

curieux.  C'est  une  pièce  formée  de  trois  lais 
de  grosse  toile,  reliés  entre  eux  par  un  pas- 
sement de  fil.  Les  deux  lais  de  côté  sont  tra- 


—  11  — 

versés  de  bandes  de  fil  tiré,  vraiment  typiques 
pour  ce  genre  de  travail.  La  partie  centrale  pré- 
sente, entre  deux  champs  de  fil  tiré,  brodés  de 
losanges,  un  Christ  en  croix,  de  caractère  plutôt 
barbare,  entouré  des  attributs  de  la  Passion.  Au 
pied  de  la  croix,  deux  anges  d'un  style  maniéré; 
au-dessus  des  bras,  deux  petites  figures,  parais- 
sant porter  jupon,  le  poing  sur  la  hanche,  et 
jouant  de  l'éventail.  Ces  détails,  joints  d'ailleurs 
à  la  lourdeur  générale  de  l'œuvre  et  à  l'âpreté  de 
la  figure  du  Christ,  nous  font  regarder  ce  travail 
comme  étant  espagnol.  On  le  croirait  du  XVIe  siè- 
cle, n'étaient  les  anges  au  pied  de  la  croix,  qui 
décèlent  le  siècle  suivant. 

Cet  objet  intéressant  nous  a  été  donné  par 
Mme  Peltzer  de  Clermont. 

La  même  vitrine  renferme  de  bons  morceaux 
de  fil  tiré,  du  genre  de  travail  dit  «  en  réserve  », 
offerts  également  par  Mme  Peltzer  de  Clermont. 
Les  uns,  rapportés  de  Normandie,  paraissent 
dater  de  la  fin  du  XVIe  siècle;  l'autre,  le  grand 
morceau,  représente  un  travail  italien,  que  suffi- 
rait à  désigner  comme  tel  le  mot  Libertà,  qui 
s'y  trouve  constamment  reproduit.  Ces  diverses 
pièces  sont  remarquables  par  la  netteté  avec 
laquelle  les  réserves  de  toile,  formant  dessin,  s'y 
trouvent  délimitées. 


-  42  — 

7.  Dans  les  temps  plus  rapprochés  de  nous,  le 
travail  se  fit  plus  délicat  et  plus  menu.  La  ville 
de  Dinant  acquit,  au  XVIIIe  siècle,  une  véritable 
renommée  pour  ce  genre  d'ouvrages,  qui  continua 
d'y  être  pratiqué  pendant  la  première  moitié  du 
XIXe  siècle. 

La  partie  inférieure  de  la  vitrine  n°  7  en  ren- 
ferme divers  spécimens,  parmi  lesquels  un  beau 
bas  d'aube,  avec  manches  assorties. 

8.  La  Lorraine  est  encore  le  pays  des  fines  brode- 
ries. On  y  a  travaillé  principalement  au  plumetis, 
tandis  qu'en  Belgique  domine  plutôt  le  principe  du 
«  stoppage  ». 

Nous  croyons  devoir  attribuer  à  cette  région  le 
fichu  portant  le  n°  241  qui  se  trouve  déposé  dans 
la  vitrine  n°  8. 

8bis.  Le  caractère  lorrain  ne  fait  pas  de  doute  pour 

ce  qui  concerne  la  délicate  manche  à  trois  étages, 
dite  «  engageante  »,  exposée  à  l'entrée,  dans  la 
petite  vitrine  n°  8bis.  Cette  manche,  malheureu- 
sement dépareillée  aujourd'hui,  fut  brodée  pour 
une  maîtresse  de  Louis  XV,  dans  un  couvent  de 
Nancy.  Une  circonstance  imprévue  ayant  fait 
obstacle  à  sa  livraison,  on  la  mit  en  loterie  parmi 
les  pensionnaires  de  la  maison  et  le  sort  la  fit 


—  13  - 

Bbîs.  échoir  à  une  jeune  fille,  de  qui  elle  passa,  par 
tradition  successive,  à  Mme Eugène  Devaux,  femme 
du  distingué  portraitiste  que  l'on  sait.  M.  Eugène 
Devaux  vient  d'oflrir  au  Musée,  en  souvenir  de 
Mme  Devaux,  ce  précieux  morceau,  jauni  par  le 
temps,  mais  qui  n'en  a  que  plus  de  crédit  pour 
nous  conter;  à  la  fois,  l'habileté  des  brodeuses 
d'antan  et  le  degré  de  raffinement  auquel  les 
dames  du  XVIIIe  siècle  poussaient  leurs  exigences 
de  toilette. 

Le  porte-bébé,  de  la  deuxième  moitié  du  XVIIIe 
siècle,  exposé  dans  la  même  vitrine,  nous  présente 
un  très  heureux  assemblage  de  Valenciennes  et  de 
délicates  broderies,  dans  lesquelles  intervient 
également  le  genre  «  à  fils  tirés  » . 

Ce  charmant  objet  nous  a  été  offert  par  Madame 
Peltzer  de  Clermont. 

8.  Les  broderies  de  Saxe,  si  réputées,  ont  large- 

ment utilisé  le  principe  du  fil  tiré.  Cette  technique 
y  fut  développée  au  point  de  donner  parfois  au 
tissu  l'aspect  d'une  vraie  dentelle.  Aussi,  désignait- 
on  souvent  ces  ouvrages  sous  le  nom  de  «  dentelles 
de  Dresde  » .  Mais  d'autres  pays  en  produisaient 
également  et  l'on  trouvera,  dans  les  deux  vitrines 
dont  nous  parlons  en  ce  moment,  plusieurs  mor- 
ceaux de  fil  tiré,  susceptibles  déjouer  le  rôle  de 


14 


8.  dentelles  véritables.  Tels,  par  exemple,  le  volant 
(n°  326)  exposé  dans  la  partie  supérieure  de 
la  vitrine  n°  8,  le  bas  d'aube  et  le  joli  rabat 
Louis  XV  déposés  dans  la  partie  inférieure  de  la 
même  vitrine. 

9.  Lacis.  —  Ce  terme  a  donné  naissance  à  bien 
des  discussions.  Nous  n'aborderons  pas  ces  der- 
nières, nous  bornant  à  dire  qu'à  notre  avis, 
l'ouvrage  de  treillis,  formant  la  base  du  lacis, 
s'obtenait  de  deux  façons  : 

1°  Par  la  voie  négative,  en  retirant  régulière- 
ment des  fils  dans  les  deux  sens  et  en  les  immo- 
bilisant, comme  dans  le  fil  tiré  ; 

2°  Par  la  voie  positive  ou  directe,  en  entrela- 
çant sur  un  châssis,  à  l'écartement  voulu,  des  fils 
se  coupant  à  angle  droit.  L'entrelacement  simple, 
résultant  de  cette  opération,  ne  donnant  pas  assez 
de  fixité,  on  accrut  cette  dernière  en  doublant  le 
fil  de  trame  d'un  deuxième  fil,  disposé  en  contre- 
partie du  premier.  Le  fil  de  chaîne  se  trouvait 
ainsi  pincé  entre  deux,  et  il  en  résultait  une 
stabilité  suffisante  pour  permettre  au  travail  de 
broderie  de  s'exécuter  par  dessus. 

Toute  la  vitrine  n°  9  est  garnie  de  lacis,  exécuté 
suivant  ce  deuxième  mode. 


—    1D 


Les  ouvrages  dont  nous  venons  de  parler, 
filet,  fil  tiré  et  lacis  étaient  compris  autrefois  sous 
la  dénomination  générale  d'ouvrages  à  mailles. 
Ceux-ci  étaient  déjà  conçus  dans  l'esprit  de  la 
dentelle  et  remplissaient  l'office  que  cette  dernière 
occupa  plus  tard.  Néanmoins,  ils  se  distinguaient 
nettement  des  dentelles  à  l'aiguille  en  ce  que,  à 
la  différence  de  celles-ci,  leur  exécution  nécessi- 
tait toujours  la  préexistence  d'un  tissu,  toile  ou 
réseau,  qui  leur  servait  de  base. 

Point  coupé.  —  Tel  fut  aussi  le  caractère  de 
la  broderie  dite  «  de  point  coupé  » ,  du  moins  au 
début.  Mais  nous  allons  voir  qu'en  ce  qui  concerne 
ce  genre  d'ouvrages,  les  choses  n'en  restèrent  pas 
là  et  que  cette  broderie  se  fit  dentelle,  sans 
presque  que  l'on  s'en  doutât. 

La  broderie  de  point  coupé  tirait  son  nom  de  ce 
que,  pour  ménager  dans  la  toile  les  jours  qu'on 
voulait  recouvrir  de  broderie,  on  ne  se  borna  plus 
à  retirer  simplement  un  certain  nombre  de  fils,  et 
qu'on  coupa  carrément  la  toile,  avec  des  ciseaux, 
dans  la  mesure  désirée.  Le  bord  de  l'ouverture, 
préalablement  assuré  au  point  de  boutonnière, 
devenait  le  point  d'attache  de  croisillons  de  fil,  ou 
de  diagonales,  qu'on  lançait  par  dessus  l'espace 
vide,  et  Ton  formait  ainsi  une  sorte  de  charpente, 


—  16  - 

10.  ou  de  bâti,  aux  branches  duquel  la  broderie  pou- 
vait, dès  lors,  accrocher  ses  fantaisies  les  plus 
menues. 

Lorsque  le  jour  à  ménager  était  fort  étendu,  au 
lieu  de  le  découper  d'une  haleine,  on  laissait  sub- 
sister, par  places,  quelques  fils  de  chaîne  et  de 
trame,  qu'on  transformait,  par  un  travail  à  l'ai- 
guille, en  cordonnets,  dessinant,  par  dessus  le 
vide,  une  sorte  de  fenestrage,  formé  de  carrés 
réguliers.  Ces  cordonnets  servaient,  en  quelque 
sorte,  de  relais  à  la  broderie  qui  voyageait  par 
dessus  et  lui  conservaient,  en  même  temps,  une 
assiette  aussi  stable  que  celle  de  la  toile  même 
dont  ils  faisaient  partie  intégrante.  Cette  méthode 
permettait  d'étendre  les  jours  indéfiniment,  fut-ce 
sur  toute  l'étendue  de  la  toile,  transformée,  de  la 
sorte,  en  ouvrage  complètement  ajouré.  L'aspect 
rétiforme  qu'imprimait  à  cette  broderie  le  qua- 
drillé des  cordonnets  de  base,  lui  fit  donner  le 
nom  de  reticella. 

Nous  signalerons  parmi  nos  objets  de  point 
coupé,  dans  la  vitrine  n°  10  : 

Une  belle  taie  d'oreiller,  décorée  d'une  riche 
broderie  à  fils  tirés,  avec  des  médaillons  de  reti- 
cella d'une  grande  délicatesse.  C'est  un  travail 
français  de  la  deuxième  moitié  du  XVIe  siècle  ; 

Plusieurs    bandes    de    lingerie,,    décorées    de 


dessins  élégants,  avec  jours  de  point  coupé  : 
travail  italien,  également  du  XVIe  siècle  ; 

Un  corporal  bordé  de  reticella; 

Des  bandes  de  lingerie  destinées  à  entourer 
les  rouleaux  de  la  Loi  et  portant  des  inscriptions 
en  hébreu;  (Collection  Monteflore.) 

Enfin,  parmi  les  objets  modernes,  une  longue 
pièce  de  lingerie  provenant  des  Abruzzes  et  une 
chemise  de  paysanne  calabraise,  donnée  par 
Mme  Van  der  Stappen. 

Le  point  coupé  pouvait  en  demeurer  là,  sans 
réclamer  de  nouveaux  progrès  techniques,  tant 
qu'il  trouva  moyen  de  s'appuyer  sur  un  enca- 
drement de  toile.  C'était  le  cas  pour  les  entre- 
deux, pour  les  rectangles  de  broderie  encadrés 
de  tissu,  en  un  mot,  pour  toutes  les  broderies  à 
bords  droits,  appelées  à  faire  corps  avec  la  pièce 
principale.  Mais  il  n'en  fut  plus  de  même  lorsque, 
pénétrant  dans  le  domaine  de  la  passementerie,  le 
point  coupé  voulut  jouer  le  rôle  de  bordure 
d'ajouté  et  spécialement  de  bordure  dentelée.  Il 
ne  pouvait  évidemment  en  arriver  là  qu'en  créant, 
de  toutes  pièces,  cette  fois,  et  à  l'état  libre,  le  bâti 
que  ne  pouvait  plus  soutenir  aucune  toile  envi- 
ronnante. 

C'est  ce  qu'il  fit.   L'invention  du  point  à  l'ai- 

2 


—  18  — 

guille  ne  fut  pas  autre  chose  que  la  substitution 
d'un  bâti  libre  au  bâti  précédemment  appuyé  sur 
un  entourage  de  tissu  ;  et  il  est  assez  vraisem- 
blable que  la  raison  déterminante  de  cette  inven- 
tion fut  la  nécessité  de  procéder  de  la  sorte  dans 
les  bordures  dentelées,  que  la  technique  du  point 
coupé  devait  porter  à  une  si  haute  perfection. 

Le  travail  nouveau  conserva,  pour  le  surplus, 
l'allure  et  le  caractère  du  travail  précédent  ;  on 
lui  maintint  même,  par  habitude,  le  nom  de  point 
coupé,  qu'il  garda  pendant  un  siècle  encore, 
tant  que  subsista,  dans  le  point  à  l'aiguille,  le 
style  ancien,  dit  géométrique. 


Travaux  de  Passementerie. 

La  genèse  de  la  dentelle  aux  fuseaux  apparaît, 
à  première  vue,  d'une  façon  moins  nette.  On  ne 
peut  douter  cependant  que  la  passementerie  ait 
été  son  point  de  départ. 

La  passementerie  fut  jadis  un  art  très  en  faveur. 
Elle  donna  naissance  à  mille  inventions  char- 
mantes, que  nous  ont  transmises  les  portraits 
anciens  et  dans  lesquelles  l'élégance  et  l'ingénio- 
sité le  disputent  à  la  richesse  des  matières  pre- 
mières mises  en  oeuvre. 


—  19  — 

Nous  nous  en  tiendrons,  quant  à  nous,  au 
seul  genre  de  passementerie  qui  intéresse  direc- 
tement notre  sujet,  à  savoir  les  galons  et  bor- 
dures. Nous  ne  parlerons  même  pas  de  tous  les 
galons.  Ceux-ci  se  partagent,  en  effet,  en  galons 
tissés  ou  travaillés  au  métier  et  en  galons  exécu- 
tés aux  fuseaux.  Ces  derniers,  les  seuls  qui  doivent 
retenir  notre  attention,  portaient  spécialement  le 
nom  dépassements. 

Le  passement  était  donc,  à  proprement  parler, 
une  bordure,  ou  un  galon,  exécuté  aux  fuseaux, 
soit  sur  un  carreau,  quand  il  fallait  user  d'épin- 
gles, soit  sur  le  boisseau  (1),  dans  les  autres  cas. 

Répondant  aux  goûts  fastueux  de  l'époque,  les 
passements  furent  d'abord  faits  de  fils  d'or,  d'ar- 
gent ou  de  soie. 

On  leur  appliqua,  d'autre  part,  une  forme, 
depuis  longtemps  en  vogue  pour  les  bordures  des 
vêtements,  la  forme  dentelée  (2)  et  l'on  créa,  de  la 
sorte,  des  passements  dentelés  ou  dentelles,  c'est- 
à-dire  faits  en  forme  de  dents. 


(1)  Boisseau,  portion  d'un  cylindre  de  bois  mince,  creux,  coupé 
par  la  moitié  et  sur  lequel  les  fuseaux  sont  placés,  leur  tête  tour- 
née vers  l'ouvrier,  V.  Savary,  Dict.  du  commerce. 

(2)  On  commença  par  découper,  en  forme  de  dents,  l'étoffe 
même  dont  était  fait  le  vêtement.  Puis,  on  trouva  plus  pratique  de 
remplacer  ces  découpures  par  une  ajoute  de  passementerie,  qui 
avait  l'avantage,  d'autre  part,  d'ajouter  à  la  toilette  un  accent  de 
plus  grande  richesse. 


—  20  — 

Toutes  les  dentelles  d'or  et  d'argent  qui  se  sont 
faites  depuis  lors,  ne  sont  pas  autre  chose.  Elles 
n'ont,  du  reste,  jamais  quitté  le  domaine  de  la 
passementerie  qui  leur  donna  naissance  et  c'est 
encore  dans  la  classe  des  passementeries  que  nous 
les  voyons  figurer  aux  Expositions. 

Qu'est  donc  de  plus  la  dentelle  proprement 
dite?  Quel  est  l'élément  nouveau  qui  lui  valut  de 
constituer  un  produit  si  nettement  à  part?  Une 
chose  bien  simple  :  la  substitution  du  fil  de  lin 
aux  fils  formés  précédemment  de  matières  plus 
riches.  C'était  une  faible  trouvaille,  en  apparence  ; 
mais,  en  réalité,  ce  fut  une  révolution  telle  que 
la  dépendance  de  la  passementerie  s'en  trouva 
secouée  et  qu'il  en  surgit  une  industrie  nouvelle, 
évoluant  de  sa  vie  propre  et  marchant  à  des 
destinées  sans  précédent  en  ce  genre. 

Un  principe  domina  ces  dernières  :  l'esprit  de 
lingerie,  dont  les  premiers  souffles,  venus  de 
l'Orient,  par  les  croisades,  avaient  gagné  toute 
l'Europe,  introduisant  dans  le  costume  une  note 
de  légèreté,  de  fraîcheur,  de  netteté  et  d'hygié- 
nique confort,  qui  formait  comme  l'antithèse  des 
riches  tissus,  épais  et  hermétiques,  se  lavant 
mal  ou  pas  du  tout,  dont  on  s'était  accommodé 
jusque  là. 

Le  XVIe  siècle  qualifia  la  dentelle  de  «  fleur 


—  21   — 

de  lingerie  »  et  c'est  sous  ce  jour-là  qu'il  faut 
l'envisager  si  l'on  ne  veut  méconnaître  la  force 
vivifiante  qui  lui  donna  son  caractère  et  sa  vitalité. 

Le  lin,  substance  modeste,  presque  vile,  tenait 
heureusement  de  quoi  racheter,  aux  yeux  du 
monde,  son  origine  plébéienne.  L'extrême  divisi- 
bilité de  ses  fibres  permettait  d'en  tirer  un  fil 
d'une  ténuité  telle  que  sa  valeur  au  poids  attei- 
gnit la  valeur  du  fil  d'or.  C'était  assez  pour  que 
la  mode  accordât  ses  faveurs  à  l'humble  lin, 
devenu  précieux  à  ce  point. 

Mais  ce  ne  fut  pas  tout.  Pour  utiliser  cette 
finesse  et  la  mettre  en  valeur,  la  technique  des 
fuseaux  fut  conduite  à  modifier  complètement  son 
allure  d'autrefois.  Privée  de  l'éclat  facile  des 
matières  premières,  réduite  à  son  mérite  propre, 
elle  dut  désormais  porter  toutes  ses  forces  sur  la 
beauté  et  la  finesse  de  l'exécution.  Le  souci  de 
pousser  toujours  plus  avant  dans  ce  sens,  tint 
les  fuseaux  en  alerte  constante  et  Ton  vit,  de  cette 
manière,  une  vie  souple  et  variée  se  substituer 
aux  façons  d'être,  monotones  et  figées  des  passe- 
ments d'autrefois. 

En  même  temps,  conséquence  tout  aussi  impor- 
tante de  l'introduction  du  fil  de  lin,  la  confection 
du  passement  qui,  pour  les  matières  d'or  et 
d'argent,    constituait   essentiellement  un  métier 


—  22  — 

d'homme,  comme  il  n'a  cessé,  du  reste,  de  le 
demeurer,  la  confection  du  passement  de  lin  devint 
essentiellement  un  métier  de  femme.  Ce  fut, 
peut-on  dire,  la  dentelle  de  lin  qui  créa  la  dentel- 
lière et  l'on  sait  à  quel  point  cette  féminisation 
du  métier  influença,  à  son  tour,  le  tempérament 
des  produits  qui  allaient  en  sortir. 

En  résumé,  la  dentelle  ne  fut  donc  pas,  à 
vrai  dire,  une  invention.  La  seule  innovation 
technique  consista  dans  l'application  d'une  mé- 
thode plus  souple  et  plus  délicate  à  la  mise  en 
œuvre  des  procédés  anciens.  La  raison  d'être  de 
cette  innovation  fut  l'introduction  formelle  du  lin 
dans  l'industrie  du  passement.  Ce  fut  le  lin  qui  fit 
franchir  à  la  dentelle  le  seuil  de  ses  destinées 
nouvelles.  Mais,  s'il  y  réussit  aussi  complètement, 
c'est  que  sur  ce  seuil  l'attendait  la  main  de  la 
femme,  seule  capable  de  conduire  et  d'élever  la 
dentelle  aux  délicatesses  qui  devaient  faire  son 
mérite  et  sa  gloire. 

Telle  est  la  façon  simple  et  naturelle  dont  a  pris 
naissance  la  dentelle  aux  fuseaux. 
11.  Nous  rencontrerons  plus  loin,  dans  les  dentelles 

de  Flandre,  des  passements  dentelés  ou  picots, 
qui  reproduisent  assez  exactement  ce  que  furent 
les  premières  dentelles  de  lin.  Mais   nous  avons 


—  23  — 

cru  devoir,  en  outre,  réunir  ici,  dans  la  vitrine 
n°  11,  quelques  passementeries  anciennes,  de  tout 
genre,  à  seule  fin  de  rappeler  le  rôle  joué  par  la 
passementerie  dans  la  genèse  de  la  dentelle  aux 
fuseaux  et  de  l'opposer  à  la  broderie,  dont  le 
point  à  l'aiguille  procéda  de  son  côté. 

Signalons,  parmi  les  plus  intéressantes,  la  jolie 
dentelle  d'or,  donnée  par  Mme  Bollati,  de  Rome, 
ainsi  que  la  série  de  dentelles,  d'or  également, 
qu'a  bien  voulu  nous  prêter  Mme  Paul  Errera. 

Nous  avons  également  accueilli  dans  les  indu- 
stries connexes  deux  autres  genres  de  produits 
ayant  avec  la  dentelle  de  grandes  affinités  :  ce 
sont  les  blondes  et  les  tulles  brodés. 

Blondes.  —  Les  dentelles  de  soie  sont  généra- 
lement connues  sous  le  nom  de  Blondes.  Cette 
dénomination  leur  vient  de  ce  que  les  premières 
dentelles  de  ce  genre  furent  faites  d'une  soie 
écrue,  dont  la  teinte  justifiait  parfaitement  l'appel- 
lation en  question.  On  y  employa,  plus  tard,  des 
soies  de  couleur,  principalement  des  soies  noires; 
mais  le  travail  demeura,  pour  le  surplus,  tout 
pareil  au  précédent  et,  aux  yeux  de  celui  qui 
devait  les  exécuter,  ces  divers  genres  n'offraient 
guère  de  différence  entre  eux.  C'est  pourquoi  les 


—  24  — 

12.  gens  de  métier  les  confondirent  sous  un  même 
nom  et  pourquoi,  malgré  leur  contraste,  les  den- 
telles de  soie  noire  se  sont  appelées  des  blondes, 
tout  comme  les  dentelles  couleur  des  blés. 

On  a  fabriqué  des  dentelles  de  soie  en  de  nom- 
breux endroits.  Ce  serait  nous  écarter  de  notre 
sujet  que  d'entrer  là  dessus  dans  de  plus  grands 
.  détails.  Qu'il  nous  suffise  de  dire  que,  dans  notre 
pays,  le  principal  centre  de  cette  production,  assez 
délaissée  de  nos  jours,  fut  la  ville  de  Grammont. 

Les  spécimens  exposés  ici  se  rapportent,  pour 
la  plupart,  à  la  période  de  1820  à  1840.  Ils  sont 
intéressants  par  leur  forme,  autant  que  par  leurs 
caractères  techniques.  Nous  remercions  tout 
particulièrement  Mme  Delehaye,  Mlle  Julie  H  ayez, 
Mme  Kefer  Mali,  Mlle  Minet  et  Mme  Edgar  de 
Prelle  de  la  Nieppe,  qui  eurent  la  bonté  de  nous 
les  offrir. 

13  et  14.  Tulles  brodés.  —  Les  tulles  brodés  «jouent  » 
la  dentelle  et  se  substituent,  en  réalité,  à  celle-ci 
à  un  tel  point  que  nous  devions  nécessairement 
les  comprendre  dans  nos  industries  connexes. 

La  broderie  sur  tulle  s'exécute  soit  à  l'aiguille, 
soit  au  crochet. 

La  broderie  à  l'aiguille  est  travaillée  notam- 
ment clans  le  pays  de  Waes,  où  elle  concourt, 


—  -25  — 

avec  le  point  de  Lille,  à  produire  les  curieux 
bonnets,  dont  le  port  s'est  heureusement  conservé 
dans  les  diverses  provinces  de  la  Hollande. 

La  maison  E.  van  Migem,  d'Anvers,  est  le 
principal  représentant  de  cette  industrie,  que  J.-J. 
Collier,  de  Lille,  ancêtre  direct  des  chefs  actuels 
de  la  maison,  vint  fonder  dans  le  pays,  il  y  a  plus 
d'un  siècle.  M.  E.  van  Migem  a  bien  voulu,  à 
notre  demande,  réunir  et  nous  offrir  généreu- 
sement une  collection  des  divers  bonnets  hollan- 
dais dans  lesquels  interviennent  les  produits  de 
sa  fabrication.  Cette  collection,  qu'accompagne  la 
présentation,  dans  des  cadres  spéciaux,  des  types 
de  broderies  et  de  dentelles  qui  entrent  dans  la 
confection  de  ces  bonnets,  cette  collection,  disons- 
nous,  est  d'un  grand  intérêt. 

M.  van  Migem  nous  a  emprunté,  pour  la  durée 
de  l'Exposition  de  1910,  les  bonnets  mêmes,  qui 
sont,  en  ce  moment,  exposés  au  Solbosch  ;  mais 
les  cadres  documentaires  sont  demeurés  ici  :  ils 
se  trouvent  exposés  sur  le  palier  d'entrée. 

Le  deuxième  centre  de  la  broderie  sur  tulle  est 
la  ville  de  Lierre.  On  y  brodait  autrefois  et  on  y 
brode  encore  à  l'aiguille  ;  mais  ce  genre  d'ouvrage 
a  été  complètement  détrôné  par  le  travail  du 
crochet. 

Des  coupons  de  tulle  brodé,  exposés  dans  la 


—  26  — 

13  et  14.  vitrine  n°  13  et  dont  la  fabrication  se  place  vers 
1850,  ont  tout  à  fait  l'allure  des  petits  volants  de 
dentelle  ou  de  blonde  qu'on  employait  dans  la 
toilette,  en  ce  temps-là.  Nous  les  devons  à  l'obli- 
geance de  Mme  Préherbu,  de  Mme  Delehaye,  de 
Mlle  Minet  et  de  Mme  Kefer  Mali. 

Nous  signalerons,  pour  l'époque  du  premier 
Empire  et  de  la  Restauration,  deux  voiles,  d'un 
dessin  riche  et  élégant,  qui  nous  ont  été  offerts, 
l'un  par  M.  Montefiore-Levi,  l'autre  par  Mme  Paul 
De  Mot. 

La  vitrine  n°  14  renferme  de  très  beaux  volants, 
plus  anciens  encore,  dépendant  du  fonds  Monte- 
fiore.  Ces  morceaux  ne  sont  pas  seulement  remar- 
quables par  le  dessin;  le  travail  y  est,  de  plus, 
poussé  au  point  qu'aucune  partie  du  fond  de 
tulle  ne  subsiste  à  l'état  primitif:  partout  où  ne 
régnent  pas  les  points  de  broderie,  le  tulle  se 
trouve  doublé,  de  manière  à  former  des  parties 
mates  d'un  très  heureux  effet. 

15.  M.  Lavalette, fabricant  de  dentelles, à  Bruxelles, 
nous  a  fait  don  du  grand  rideau,  dit  «  mystère  » 
qui  occupe  le  cadre  n°  15.  Cette  pièce,  d'un  beau 
dessin,  a  été  exécutée  en  1880. 

16.  Les  cadres  suivants  renferment  une  intéres- 
sante série  de  types  de  broderies  sur  tulle  que 


6 


—  27  — 

nous  a  gracieusement  offerte  Mme  Skellekens-I)e 
Pauw,  de  Lierre,  une  véritable  artiste,  ainsi  qu'en 
témoignent  les  nombreux  dessins  dont  elle  est 
l'auteur. 

Nous  exposons,  à  l'extrémité  de  cette  rangée  de 
cadres,  deux  pièces  de  la  collection  Montefiore  qui 
n'avaient  pu  trouver  place  dans  les  vitrines  précé- 
dentes : 

Un  voile  du  XVIIe  siècle,  en  broderie  à  fils  tirés; 

Et  un  manteau,  très  délicatement  brodé  de  soie, 
avec  entre-deux  et  dentelle  assortis. 

L'analyse  des  divers  genres  d'ouvrages,  dont 
nous  venons  de  nous  occuper,  fera  saisir  plus  fa- 
cilement la  définition    suivante    de  la  dentelle. 

La  dentelle  proprement  dite  est  un  agencement 
de  fils  de  lin,  d'un  caractère  décoratif,  exécuté  à 
l'aiguille  ou  aux  fuseaux,  indépendamment  de  tout 
tissu  lui  servant  de  support. 

Telle  fut,  du  moins,  la  dentelle  dans  son  expres- 
sion première  et  pure,  et  à  ses  jours  les  plus 
glorieux.  Plus  tard,  principalement  à  partir 
du  XIXe  siècle,  le  coton  a  pris  rang  dans  la 
confection  de  la  dentelle  et  il  tend,  de  plus  en 
plus,  à  évincer  le  fil  de  lin,  qui  régnait  seul  pré- 
cédemment. 


28 


Après  avoir  considéré,  comme  nous  l'avons 
fait,  la  façon  dont  prirent  naissance  le  pointa 
l'aiguille  et  la  dentelle  aux  fuseaux,  on  peut  se 
demander  lequel  de  ces  deux  genres  a  précédé 
l'autre,  quel  pays  les  a  vu  naître  et,  finalement, 
quelle  date  il  convient  d'assigner  à  leurs  pre- 
mières manifestations. 

Ces  divers  points  ont  fait  l'objet  de  vives  dis- 
cussions, au  cours  desquelles  le  chauvinisme  des 
parties  intéressées  a  mis  en  ligne  des  arguments 
de  toute  espèce. 

Leur  solution  ne  présente  pas  un  intérêt  pra- 
tique suffisant  pour  que  nous  nous  y  arrêtions 
longtemps. 

Une  chose  paraît  certaine,  c'est  que  la 
dentelle  est  apparue  lentement,  par  voie  d'évo- 
lution. Ses  débuts  furent  des  plus  modestes,  si 
bien  qu'aucun  auteur  ne  semble  avoir  pris  la 
peine  d'en  consigner,  en  termes  exprès,  l'avène- 
ment. Les  portraits  de  l'époque,  quelques  indica- 
tions tirées  des  vieux  livres  de  modèles,  les  notes 
fournies  par  d'anciens  inventaires,  telles  sont,  en 
cette  matière,  nos  seules  sources  d'information. 
Et  encore,  ces  observations  sont-elles  bien  su- 
jettes à  caution. 

Les  inventaires  commandent,  en  effet,  la  plus 
grande  prudence,  étant  donné  que  beaucoup  de 


—  29  — 

termes,  qui,  dans  notre  langage  actuel,  visent  de 
la  vraie  dentelle,  étaient  employés  anciennement 
dans  un  sens  très  différent  :  tels  le  mot  dentelle 
lui-même  et  ses  homologues  allemand  et  italien  : 
Spitzen  et  merletti  ;  tels  encore  les  mots  punto, 
lace,  guipure,  passement,  etc.,  directement  em- 
pruntés à  la  broderie  ou  à  la  passementerie. 

Quant  aux  éléments  d'appréciation  tirés  des 
livres  de  modèles  du  XVIe  siècle,  ils  sont  confus 
et  contradictoires.  De  plus,  la  façon  dont  les  édi- 
teurs se  pillaient  leurs  planches,  de  pays  à  pays, 
rend  suspectes  les  conclusions  qu'on  en  pourrait 
tirer  concernant  le  pays  d'origine  des  modèles 
que  ces  planches  représentent. 

C'est,  en  définitive,  dans  les  portraits  et  dans 
les  tableaux  que  résident  les  témoignages  les  plus 
précis  et  les  plus  authentiques. 

On  a  retrouvé  dans  certains  tableaux  du 
XVe  siècle,  au  bord  des  objets  de  lingerie,  de 
petits  agréments  (bâtonnets,  arcatures  minus- 
cules, etc.)  manifestement  faits  de  lin,  se  profilant 
en  dehors  de  la  toile  et  rentrant  par  conséquent 
dans  la  définition  de  la  dentelle.  Ce  seraient,  si 
l'on  veut,  des  rudiments  de  dentelle  et  le  Dr  Dre- 
ger,  de  Vienne,  qui  s'en  est  occupé  spécialement, 
les  appelle  les  «  dentelles  du  XVe  siècle.  »  Mais 
cet  auteur  admet,  tout  le  premier,  que  ce  ne  sont 


—  30  — 

pas  encore  là  de  vraies  dentelles.  Les  premiers 
ouvrages  dignes  de  ce  nom  apparaissent,  vers 
l'an  1535,  sur  les  portraits,  tant  d'hommes  que 
de  femmes,  bordant  la  lingerie  du  col,  ainsi  que 
les  manchettes.  Ce  sont,  à  tous  égards,  de  véri- 
tables dentelles,  puisque  non  seulement  ils  répon- 
dent à  la  définition  ci-dessus,  mais  qu'ils  repro- 
duisent, en  outre,  le  profil  dentelé  d'où  les 
dentelles  ont  définitivement  tiré  leur  nom. 

En  général,  et  pour  autant  que  la  peinture 
permette  d'en  juger,  ces  premières  dentelles 
paraissent  être  faites  à  l'aiguille  et  leurs  dessins 
préludent  aux  délicates  constructions  géomé- 
triques que  devait  achever  de  mettre  à  la  mode 
l'Italien  Vinciolo. 

Est-ce  à  dire  que  le  pointa  l'aiguille  ait  devancé 
la  dentelle  aux  fuseaux  et  que  la  dentelle,  dans 
son  ensemble,  eut  l'Italie  pour  berceau? 

Non,  sans  doute.  Le  point  à  l'aiguille  ayant 
été,  de  tout  temps,  la  dentelle  d'apparat,  nous 
devons  nous  attendre  à  le  rencontrer  sur  les  por- 
traits, de  préférence  à  la  dentelle  aux  fuseaux, 
qui  se  portait  davantage  dans  la  vie  ordinaire. 
La  rareté  de  la  dentelle  aux  fuseaux,  dans  les 
portraits  du  XVIe  siècle,  ne  témoigne  pas  plus 
contre   son   existence   que   ne   témoigne   contre 


3i 


l'existence  des  coiffures  à  barbes  du  XVIP  et  du 
XVIIIe  siècles,  l'extrême  difficulté  de  retrouver 
un  portrait  sur  lequel  ces  coiffures  soient  repré- 
sentées. 

Un  seul  point  nous  paraît  établi  :  c'est  que  la 
dentelle,  tant  à  l'aiguille  qu'aux  fuseaux,  date 
du  moment  où  Ton  se  mit  à  exécuter,  en  fil  de  lin, 
les  bords  dentelés  dont  il  fut  de  mode  de  garnir 
les  collerettes  et  les  manchettes. 

Ce  fut  le  cas,  nous  l'avons  dit,  pour  le  point 
coupé,  que  ce  profil  dentelé  força  de  rompre  avec 
la  technique,  à  base  de  toile,  de  la  reticella;  ce 
fut  le  cas  également  pour  la  dentelle  aux  fuseaux, 
comme  en  témoigne  matériellement  le  nom  même 
qu'on  lui  donna. 

La  mode  de  ces  bords  dentelés,  nous  l'avons 
dit,  n'était  point  nouvelle.  La  passementerie  les 
utilisait  depuis  longtemps.  Il  paraîtrait,  dès  lors, 
assez  vraisemblable,  que  les  passements  aux 
fuseaux,  pour  qui  la  création  des  dentelles  de  lin 
n'offrait  aucune  difficulté  technique,  aient  de- 
vancé, dans  leur  production,  le  point  coupé, 
pour  qui  la  confection  des  mêmes  dentelles  néces- 
sitait, au  contraire,  l'invention  de  procédés  entiè- 
rement nouveaux. 

Mais,  vaines  discussions  que  tout  cela.  Aiguille 
et  fuseaux  se  sont  suivis  d'assez  près  pour  que 


—  52  — 

nous  ne  soyons  pas  tellement  intéressés  à  décou- 
vrir  qui  des  deux  marcha  devant. 

Quant  à  l'autre  point,  celui  de  savoir  en  quel 
pays  la  dentelle  prit  naissance,  un  fait  indé- 
niable domine  tout  ce  qu'on  en  pourrait  dire. 
L'Italie  n'a  cessé,  jusqu'au  XVIIIe  siècle,  d'être, 
par  excellence,  le  pays  du  point  à  l'aiguille,  tandis 
que  les  Pays-Bas  demeuraient  la  terre  bénie  de 
la  dentelle  aux  fuseaux.  Nous  en  concluons,  quant 
à  nous,  que  chacun  de  ces  pays  eut  vraisembla- 
blement le  mérite  d'avoir  donné  naissance  à  la 
branche  spéciale  d'industrie  qui  s'y  montre  si  bien 
«  chez  elle  ».  Que  l'Italie  garde  donc  l'aiguille  et 
la  Belgique  les  fuseaux. 


II 


DENTELLES  BELGES 


Nous  venons  de  dire  que  la  Belgique  est, 
avant  tout,  le  pays  de  la  dentelle  aux  fuseaux. 

Le  point  à  l'aiguille  y  fut  sans  doute  pratiqué, 
lui  aussi;  mais  on  peut  affirmer,  d'une  façon  géné- 
rale, qu'en  dehors  de  Bruxelles,  sa  fabrication 
n'apparaît  dans  notre  pays  qu'à  titre  accidentel. 
Nous  en  reparlerons  en  son  temps. 

Les  débuts  de  la  dentelle,  en  Belgique, 
demeurent  obscurs.  On  doit  croire  cependant 
qu'elle  y  fit  son  apparition  vers  le  deuxième  tiers 
du  XVIe  siècle. 

La  fabrication  de  la  dentelle,  pratiquée  dans 
différents  centres,  ne  se  diversifia  pas  de  suite 
au  point  de  déterminer  des  genres  locaux,  dési- 
gnés par  le  nom  de  leurs  localités  respectives.  Les 
productions  de  celles-ci  se  perdaient  encore  dans 


—  34  — 

une  technique  générale  commune  et  l'étranger  les 
confondait,  à  son  tour,  sous  l'unique  appellation 
de  dentelles  de  Flandres  (1). 

Ce  serait  pourtant  une  erreur  de  croire  que, 
dès  le  principe,  les  influences  locales  n'aient  pas 
mis  quelque  peu  leur  empreinte  sur  les  produits 
issus  de  ces  centres  divers.  L'action  des  milieux, 
âme  de  toute  évolution,  ne  connaît  point  de  répit 
et  la  dentelle  ne  put  manquer  d'éprouver  son 
influence  dès  les  premiers  temps.  Seulement,  on 
ne  prit  pas  garde,  tout  d'abord,  à  ces  accents 
locaux,  assez  faibles  encore  et  l'on  attendit,  pour 
en  tenir  compte,  qu'ils  eussent  pris  la  valeur  plus 
accusée  que  consacra  définitivement  la  différen- 
ciation des  fonds  de  réseau. 

Nous  croyons  pouvoir,  en  ce  qui  concerne  les 
dentelles  aux  fuseaux,  ramener  les  genres  locaux 
à  quatre  grandes  familles,  qui  serviront  de  base 
à  notre  classification. 

Ces  familles  sont  : 

1°  Les  dentelles  de  Bruxelles,  auxquelles  nous 
rattachons  les  dentelles  dites  «  de  Brabant  »  ; 

2°  Les  dentelles  de  Flandre; 


(1)  Dans  le  Brabant  et  dans  la  Flandre  on  désignait  les  ouvrages 
en  question  sous  les  noms  de  tt  kant  „,  bordure  et  de  "  spelle- 
werk  „,  travail  aux  épingles. 


_  3o  — 

3°  Les  dentelles  de  Malines  et  leurs  congé- 
nères de  la  province  d'Anvers; 

4°  Les  dentelles  de  Valenciennes  et  leurs 
proches  parentes,  les  dentelles  de  Binche. 


Dentelles  de  Bruxelles. 

Il  est  logique  de  penser  qu'on  produisit  de  la 
dentelle  à  Bruxelles  plus  tôt  que  dans  toute 
autre  ville  du  pays.  Bruxelles,  résidence  habi- 
tuelle de  la  Cour,  était  la  ville  de  la  mode  et  des 
élégances  et  le  mot  d'ordre  dut  venir  de  là,  d'au- 
tant plus  que  la  dentelle  fut  le  résultat,  non  pas 
d'une  invention  subite,  susceptible  de  se  produire 
n'importe  ou,  mais  d'une  action  progressive  dont 
la  capitale  était  certainement  le  centre. 

Nous  n'avons  recueilli  là  dessus  aucune  indi- 
cation précise  antérieure  à  1550  ;  mais  nous 
connaissons  des  textes  formels  prouvant  que 
l'industrie  de  la  dentelle  était  en  pleine  activité  à 
Bruxelles,  dès  la  deuxième  moitié  du  XVIe  siècle, 
et  qu'on  y  employait  déjà  les  enfants. 

On  distingue,  dans  les  dentelles  de  Bruxelles, 
les  dentelles  à  fond  de  brides,  dans  lesquelles  les 
fleurs  et,  en  général,  les  éléments  du  décor  sont 


—  56  — 

soutenus  et  reliés  entre  eux  par  des  barrettes, 
hérissées  d'ordinaire  de  tout  petits  picots  ;  et  les 
dentelles  à  fond  de  réseau,  dans  lesquelles  ces 
mêmes  éléments  décoratifs  se  projettent  sur  un 
fond  de  petites  mailles,  de  forme  variable,  juxta- 
posées régulièrement  comme  les  mailles  d'un  filet. 

Enfin,  lorsque  les  éléments  du  décor  •  se 
touchent  directement,  sans  interposition  de  brides 
ni  de  réseau,  ne  laissant  par  conséquent  entre 
eux  que  les  interstices  résultant  de  l'inégalité  de 
leurs  contours,  on  donne  aux  dentelles  le  nom  de 
guipures. 

Les  dentelles  les  plus  anciennes  furent  des 
guipures,  terme,  soit  dit  en  passant,  emprunté  à 
l'industrie  voisine  de  la  passementerie.  Puis,  ce 
fut  le  tour  des  dentelles  à  brides,  dont  l'apogée 
correspond  à  la  deuxième  moitié  du  XVIIe  siècle. 
Finalement,  dans  le  dernier  quart  de  ce  même 
siècle,  nous  voyons  apparaître  les  dentelles  à  fond 
de  réseau,  dont  le  règne  occupe  le  XVIIIe  siècle 
tout  entier. 

Nous  retrouverons  plus  loin,  sous  le  nom  de 

dentelles  de   Flandres,  les  anciennes  guipures, 

qui  se  firent  partout  dans  le  pays  flamand.  Mais 

17.        nous  revendiquons  spécialement  pour  Bruxelles 

une  guipure  historiée,  par  laquelle  va  s'ouvrir 


—  37  — 

17.  notre  énumération  et  qui  constitue  l'une  des  pièces 
capitales  delà  collection.  Nous  voulons  parler  du 
couvre-pied  exposé  dans  le  cadre  n°  17. 

Il  résulte  d'une  étude  détaillée,  dont  cette 
pièce  a  fait  l'objet  récemment,  que  le  couvre-pied 
en  question,  entièrement  exécuté  aux  fuseaux, 
aurait  été  olfert  aux  archiducs  Albert  et  Isabelle, 
à  l'occasion  de  leur  inauguration,  à  Bruxelles, 
en  qualité  de  ducs  de  Brabant,  l'an  1599. 

On  y  trouve  représentés  les  nouveaux  souve- 
rains, qu'achève  de  désigner  leur  monogramme, 
reproduit  deux  fois;  puis  le  roi  Philippe  II  et 
d'autres  personnages  princiers;  les  armoiries  de 
Brabant,  d'Espagne  et  d'Angleterre,  les  lys  de 
France,  l'aigle  d'Autriche,  et  enfin,  tout  autour 
de  ces  motifs  de  circonstance,  de  nombreux 
sujets  empruntés  au  célèbre  cortège  de  l'Omme- 
gang  du  Sablon.  La  figure  légendaire  de  sainte 
Gudule,  qu'on  remarque  vers  le  milieu  de  la 
pièce,  complète,  d'une  façon  très  heureuse,  la 
physionomie  bruxelloise  de  ce  document. 

La  bordure  est  formée  des  figures  d'un  certain 
nombre  d'empereurs  romains  et  des  sibylles, 
images  fort  à  la  mode,  au  XVIe  siècle,  dans  les 
Pays-Bas. 

La  technique  dentellière  dont  Bruxelles  s'est 
fait  une  spécialité,  se  dessine  déjà  dans  ce  mor- 


—  38  — 

17.  ceau  par  deux  traits  bien  caractéristiques,  à 
savoir  la  prédilection  pour  les  représentations  de 
figures  d'hommes  et  d'animaux  et,  d'autre  part, 
les  effets  de  relief,  qu'on  rencontre  principale- 
ment dans  la  représentation  des  accessoires.  Ces 
reliefs  constituent  parfois  de  véritables  appen- 
dices, exécutés  aux  fuseaux,  comme  le  reste. 
Tels  sont,  par  exemple,  le  rayon  qui,  dans  le  n° 
46,  s'échappe  de  l'ostensoir  ou  le  soufflet  du 
diable,  dans  l'image  de  sainte  Gudule;  ou  bien 
encore,  les  collerettes  dans  les  divers  portraits, 
les  rames  dans  la  représentation  du  navire,  le 
sceptre  de  la  figure  n°  47  et,  d'une  façon  géné- 
rale, les  doigts  des  personnages,  les  noeuds  des 
vêtements,  etc. 

Les  inégalités  manifestes  que  nous  montre 
l'exécution  de  cette  dentelle  annoncent  la  colla- 
boration de  plusieurs  ouvrières.  Ces  inégalités 
apparaissent  surtout  dans  les  sujets  reproduits 
deux  fois  et  susceptibles,  dès  lors,  d'être  con- 
frontés directement.  Si  l'on  compare,  par  exem- 
ple, dans  les  nos  34  et  38,  les  représentations  de 
l'homme  agenouillé  aux  pieds  du  roi,  on  demeure 
frappé  de  la  distance  qui  les  sépare  :  d'une  part, 
un  vrai  dessin  d'enfant,  gauche,  presque  gro- 
tesque, d'autre  part,  une  figure  bien  com- 
prise, convenablement  dessinée  et  d'une  certaine 


-  59  — 

L7.  noblesse.  On  peut  en  conclure  que  les  modèles 
livrés  aux  ouvrières  laissaient  à  celles-ci  quelque 
liberté  d'interprétation.  La  dentellière  y  mettait 
du  sien  et  ce  qu'elle  pouvait  avoir  de  sens  artis- 
tique trouvait  ainsi  moyen  de  s'affirmer. 

[Collection  Montefiore.) 

18.  Des  dentelles  à  brides  du  XVIIe  siècle  occupent 

la  vitrine  n°  18. 

C'est  d'abord  un  volant,  formé  de  deux  demi  bas 
d'aube,  à  fond  de  brides  picotées,  dont  les  rin- 
ceaux, très  embrouillés,  sont  traversés  par 
d'étroits  cordonnets,  décrivant  des  nœuds  et  des 
entrelacs  et  encadrant  de  petits  «  jours  »,  où  se 
dessinent  déjà  certains  points  qu'adopta  définiti- 
vement la  dentelle  de  Brabant. 

La  même  technique  se  retrouve  dans  le  frag- 
ment de  haut  volant,  placé  au  dessus  ;  mais  ici 
les  rinceaux  font  place  à  des  ordonnances  élan- 
cées, que  dénomme  assez  justement  le  terme  de 
«  candeliere  »,  dont  on  les  a  baptisées. 

Les  picots,  ou  bords  inférieurs  dentelés  de  ces 
deux  morceaux,  sont  particulièrement  intéres- 
sants. 

Un  peu  plus  ancien  doit  être  le  fragment  en 
hauteur,  à  droite.  Le  dessin,  très  élégant,  relève 
du  genre  dit  «  Bérain  »,  du  nom  du  dessinateur 


—  40  — 

18.  du  Roi,  qui  le  créa.  On  ne  peut  malheureusement 
suivre  son  entier  développement  dans  ce  fragment 
trop  étroit,  qui  semble  découpé  du  magnifique 
volant,  tout  à  fait  pareil,  existant  dans  la  collec- 
tion de  M.  Alfred  Lescure,  à  Paris. 

La  pièce  exposée  à  gauche,  dans  cette  vitrine, 
paraît  être  un  arrangement,  relativement  mo- 
derne, de  dentelles  de  la  fin  du  XVIIe  siècle,  ou 
même  du  commencement  du  siècle  suivant. 

19.  C'est  aux  premières  années  du  XVIIIe  siècle 
que  nous  rapportons  le  bas  d'aube,  déposé  dans  le 
même  meuble,  sous  le  n°  20  et  qui  provient  de 
l'église  de  Tervueren. 

Les  brides  picotées  qui  constituent  le  fond 
de  cette  pièce  ;  les  entrelacs,  formés  d'une  sorte 
d'étroit  lacet,  qui  y  abondent  ;  les  reliefs  ou  brodes 
qui  relèvent  le  dessin,  sont  autant  d'indices  de 
son  origine  bruxelloise.  Elle  appartenait,  d'ail- 
leurs, à  l'église  d'une  commune,  voisine  de  la 
capitale,  ayant  toujours  eu  des  attaches  très 
directes  avec  la  Cour  de  Bruxelles. 

Le  dessin  nous  montre,  en  dehors  de  vagues 
trophées  de  chasse,  un  aigle  s'élevant  vers  le 
soleil,  motif  favori  du  règne  de  Louis  XIV,  puis 
un  entrelacs  formé  des  lettres  E  et  C  et  enfin  deux 
portraits  juxtaposés  et  surmontés  de  la  couronne 
impériale. 


—  4Î   — 


L'étude  de  cette  dentelle  a  démontré  que  les 
personnages  représentés  sont  le  roi  Charles  III, 
devenu  depuis  l'empereur  Charles  VI  et  sa  femme 
Elisabeth  de  Brunswick:  ce  qui  concorde  avec  le 
monogramme  ci-dessus.    Les  cœurs   enflammés, 
apparaissant  sous  les  portraits,    font   présumer 
que   la   dentelle   fut    exécutée    à   l'occasion   du 
mariage  des  souverains,  ce  qui  la  daterait  exacte- 
ment de  l'année  1708.  Le  caractère  général  de  la 
composition  accuserait  une  date  plus  ancienne; 
mais  c'est  l'occasion  de  faire  remarquer  que  les 
dentelles  belges  retardent,  le  plus  souvent,  d'une 
trentaine  d'années  sur  le  style  du  jour,  tel  qu'on 
le  trouve  en  France. 

Le  beau  volant  qui  tapisse  cette  vitrine  appar- 
tient, par  son  style,  à  l'époque  Louis  XÏV.  Il  est  à 
fond  de  brides  picotées.  L'intérieur  des  fleurs  et 
des  palmettes  est  partout  occupé  par  un  champ  de 
mailles,  dites  à  cinq  trous,  très  en  faveur  dans  le 
Brabant,  La  nervure  centrale  des  palmettes  se 
détache  en  relief,  suivant  la  pratique  bien  connue 
de  Bruxelles.  L'ensemble  de  ces  caractères  ne 
permet  pas  de  douter  que  ce  morceau  ait  été 
exécuté  dans  la  capitale. 

Cette  pièce  remarquable  nous  a  été  offerte  par 
la  Société  des  Amis  des  Musées  Royaux  de  l'État, 
à  Bruxelles. 


—  42  — 

21.  La  partie  inférieure  du  meuble  renferme,  à 
gauche,  un  bas  de  surplis,  montrant  ce  que  la 
dentelle  à  fond  de  brides  réalisait  de  plus  léger  et 
de  plus  délicat  dans  le  genre  courant. 

Au  milieu  d'autres  spécimens,  analogues  au 
précédent,  se  place,  à  droite,  un  objet  qui  mérite 
de  retenir  spécialement  l'attention.  C'est  une  faille 
minuscule,  faite  pour  poser,  par  le  milieu,  sur  la 
tête  d'une  statuette  de  Vierge,  aux  côtés  de  laquelle 
le  reste  de  la  dentelle  retombait  en  versants  symé- 
triques. Le  dessin  en  est  charmant  et  l'on  ne  pour- 
rait imaginer  un  travail  d'une  plus  grande  finesse. 
Sans  doute,  cette  dentelle  est  le  fruit  de  la  pieuse 
application  de  quelque  béguine  (on  sait  que  les 
béguines  étaient  les  maîtresses  dentellières  de 
l'époque),  qui  l'aura  confectionnée  avec  amour, 
pour  en  parer  la  petite  madone  de  son  oratoire 
privé. 

22.  Les  trois  morceaux  qui  occupent  la  vitrine  ver- 
ticale appartiennent  à  la  catégorie  de  voiles,  dits 
«  de  bénédiction  ».  Ce  nom  leur  vient  de  ce  que, 
suivant  une  règle  liturgique,  tombée  en  désué- 
tude, on  s'en  servait  pour  donner  la  bénédiction  du 
Saint  Sacrement.  D'ordinaire,  on  les  disposait, 
pendant  l'office,  sur  le  bord  de  l'autel,  devant  lequel 
ils  retombaient  en  pointe.  C'est  ce  qui  explique  la 
forme  pointue  de  quelques-uns  d'entre  eux. 


—  43  — 

22.  Ces  voiles  pouvaient  aussi  servir  de  veluins, 

qu'on  plaçait,  par  respect,  devant  le  Saint 
Sacrement,  quand  les  fidèles  étaient  amenés  à 
tourner  le  dos  à  l'autel,  pour  écouter  le  sermon, 
par  exemple.  Les  voiles  étaient,  dans  ce  cas, 
montés  sur  étoffe  et  terminés,  dans  le  haut,  par 
une  barre  suspendue  à  un  pied  de  bois,  posant  sur 
l'autel.  C'est  à  raison  de  ce  mode  de  suspension, 
sans  doute,  que  deux  de  nos  spécimens  ont  eu 
leur  bord  supérieur  coupé  droit. 

Le  plus  ancien  de  nos  voiles  paraît  être  celui 
placé  à  gauche  et  portant  l'image  de  Notre-Dame 
des  VII  Douleurs.  Celle-ci  se  détache  sur  un 
champ  de  mailles  rondes,  dans  un  cadre,  à 
ramages  Louis  XIV,  dont  les  plats  sont  remplis 
de  mailles  à  cinq  trous,  comme  dans  le  grand 
volant  de  la  vitrine  précédente.  Le  reste  du  mor- 
ceau présente,  sur  un  fond  de  brides  picotées, 
d'élégants  rinceaux,  directement  inspirés  de  la 
Renaissance  et  sur  lesquels  se  détachent,  aux 
quatre  points  cardinaux,  des  anges  portant  les 
attributs  delà  Passion. 

Cette  pièce  est  d'une  technique  parfaite.  Les 
toiles  variés,  de  même  que  les  jours  et  les  reliefs 
qui  décorent  le  vêtement  de  la  Vierge,  sont  on  ne 
peut  plus  habiles  et  précis.  Ces  qualités  se  retrou- 


_  44  — 

22.  vent,  du  reste,  dans  les  anges  et  dans  l'ensemble 
du  morceau  qui  remonte,  pensons-nous,  à  la  fin  du 
XVIIe  siècle,  ou  aux  premières  années  du  XVIIIe. 

Le  voile  du  milieu  représente  un  Pape,  des 
mains  duquel  une  princesse  agenouillée  reçoit, 
sans  doute,  quelque  bulle  de  fondation.  Au  dessus 
du  dais  qui  surmonte  cette  scène,  on  voit  une 
représentation  delà  Vierge  portant  l'Enfant  Jésus. 

Le  fond  de  mailles  sur  lequel  se  détachent  ces 
figures  n'est  plus  formé  de  la  maille  ronde,  ren- 
contrée dans  le  voile  précédent,  mais  de  la  maille 
hexagone,  dite  drochel  ou  droschel,  qui  constitue 
au  XVIIIe  siècle,  l'une  des  caractéristiques  de  la 
dentelle  de  Bruxelles. 

Les  anges,  timbaliers  et  trompettes,  ainsi  que 
le  décor  du  reste  de  la  pièce,  sont  disposés  sur 
un  fond  de  brides  picotées. 

Nous  retrouvons,  cette  fois  encore,  au  cœur 
des  ramages,  spécialement  dans  la  bordure,  les 
mailles  à  cinq  trous,  dont  la  présence  sera  si 
souvent  signalée  dans  les  dentelles  de  Bruxelles 
et  de  Brabant. 

Nous  ne  pourrions  que  répéter,  au  sujet  de  la 
technique  de  cette  pièce,  de  ses  toiles,  de  ses 
jours  et  de  ses  reliefs,  les  éloges  que  nous  décer- 
nions, à  l'instant,  au  voile  de  Notre-Dame  des 
VII  Douleurs. 


4o 


Le  troisième  voile,  à  droite,  est  consacré  à 
l'Invention  de  la  Sainte-Croix,  par  sainte  Hélène. 

La  croix  vient  d'être  dégagée  par  le  terrassier 
qui  se  tient  là,  debout,  le  chapeau  à  la  main. 
L'impératrice,  agenouillée,  embrasse  la  relique 
fameuse,  et,  pour  la  soutenir  plus  respectueuse- 
ment, se  couvre  la  main  d'un  mouchoir  précieux. 

Dans  le  haut,  la  croix  triomphale,  accostée 
d'une  indication  des  plus  intéressantes  :  la  date 
1720. 

Ici  encore,  c'est  un  champ  de  mailles  drochel, 
qui  sert  de  fond  aux  figures  ;  c'est  sur  un  jeu  de 
brides  picotées  que  se  détachent  les  ornements. 
Nous  y  retrouvons,  de  même,  les  palmettes  et 
autres  motifs  du  décor,  bourrés  de  mailles  à  cinq 
trous  et  sillonnés  ou  bordés  de  nervures  en  relief, 
tels  que  nous  les  montraient  les  diverses  pièces, 
que  nous  venons  d'énumérer,  et  dont  l'étroite 
parenté  s'affirme  de  la  sorte. 

Ces  trois  voiles  proviennent  de  l'ancien  Bégui- 
nage de  Bruxelles,  très  réputé,  au  XVIIIe  siècle, 
pour  la  perfection  de  ses  ouvrages. 

Dans  la  vitrine  en  face,  on  voit  trois  autres 
voiles.  Celui  du  milieu  nous  montre,  dans  un 
robuste  cadre  Louis  XIV,  saint  Jean  baptisant 
le  Christ.   La  composition  est  empreinte  d'une 


—  46  — 

23.  réelle  grandeur  et  d'une  noblesse  qu'accentuent 
encore  les  dimensions  peu  communes  de  la  pièce 
ainsi  que  les  larges  proportions  données  aux 
divers  éléments  du  décor.  D'autre  part,  la  techni- 
que est  fort  belle,  aussi  bien  dans  les  toiles  que 
dans  les  jours  et  dans  le  champ  de  mailles,  tantôt 
rondes,  tantôt  hexagones,  qui  occupe  le  fond. 

Ce  voile  provient  de  l'église  de  Sainte-Catherine, 
à  Bruxelles,  laquelle  dépendait  autrefois  de  la 
paroisse  de  Saint- Jean-Baptiste,  à  Molenbeek, 
circonstance  qui  explique  le  choix  du  sujet  repré- 
senté. 

Les  deux  voiles,  à  gauche  et  à  droite,  appar- 
tiennent à  la  Fabrique  de  l'église  de  Saint-Nicolas, 
à  Bruxelles. 

Le  champ  du  voile  de  gauche,  se  partage 
entre  la  grande  maille  ronde  et  le  fond  de  brides 
picotées. 

Les  toiles  nous  montrent  clairement,  à  côté  du 
point  de  toile  proprement  dit,  le  «  grillé  »  à  tex- 
ture losangée  coupée  d'un  troisième  fil.  C'est  le 
point  que  nous  voyons  constamment  mis  en  œuvre 
dans  la  dentelle  de  Brabant,  qu'accusent  égale- 
ment ici  les  larges  fleurettes,  plates  et  sans  tige, 
qui  s'étalent  partout. 


47 


Signalons  encore,  dans  la  bordure  de  côté,  vers 
le  bas  du  voile,  un  motif  «  en  éventail  »,  que 
Bruxelles  possédait  en  propre,  au  milieu  du  XVIIIe 
siècle  et  dont  nous  aurons  l'occasion  de  reparler. 

Le  voile  à  droite  est  fort  curieux.  Nous  y 
retrouvons,  sur  un  fond  de  brides  picotées,  les 
caractères  que  nous  venons  de  relever  au  sujet 
de  la  dentelle  de  Brabant.  Seulement  les  fleuret- 
tes, ainsi  que  les  feuillages,  les  fruits  et  les 
autres  éléments  décoratifs,  y  sont  amplifiés  au 
point  de  devenir  énormes  et  d'encombrer  la  com- 
position, qui  en  prend  un  aspect  compact  et  lourd. 
Dans  ces  conditions,  la  dentelle  est  curieuse 
plutôt  que  belle,  mais  elle  est,  sans  contredit,  du 
plus  baut  intérêt  au  point  de  vue,  tant  de  la 
technique  que  de  l'histoire  des  inspirations  den- 
tellières. 

Nous  saisissons  cette  occasion  de  remercier 
M.  l'abbé  Remès,  le  savant  et  distingué  curé  de 
Saint-Nicolas,  ainsi  que  les  membres  du  Conseil 
de  fabrique,  d'avoir  bien  voulu  nous  confier  les 
voiles  en  question  dans  la  louable  pensée  de 
servir  l'étude  de  nos  dentelles  nationales. 

Quittons,  un  moment,  les  vitrines  qui  nous 
occupent,  pour  parler  de  quelques  pièces,  expo- 


—  48  — 

sées  au  milieu  de  la  galerie  et  que  nous  ne  pou- 
vons manquer  de  rattacher  aux  précédentes. 

24-  La  grande  dentelle,   déposée  dans   la  vitrine 

plate,  n°  24,  est  la  faille  de  Notre-Dame  de  Misé- 
ricorde, appartenant  à  la  Confrérie  érigée,  sous 
ce  vocable,  dans  l'église  de  Notre-Dame  de  la 
Chapelle,  à  Bruxelles.  Elle  est  de  la  deuxième 
moitié  du  XVIIIe  siècle. 

Le  sujet  principal,  reproduit  sur  les  deux  ver- 
sants de  la  faille,  représente  la  Sainte-Famille.  Le 
décor  qui  l'environne,  et  qui  s'étend  d'ailleurs  sur 
la  pièce  entière,  est  formé  de  ramages  Louis  XIV, 
à  fond  de  brides  picotées,  traversés  de  jours  où 
dominent,  tantôt  le  point  d'esprit,  tantôt  la  maille 
à  cinq  trous  et  sillonnés  des  nervures  caractéris- 
tiques de  la  fabrication  de  Bruxelles. 

Ce  morceau,  de  dimensions  considérables  et 
d'une  très  bonne  facture,  date  de  la  première 
moitié  du  XVIIIe  siècle.  Il  constitue  un  document 
important  pour  l'histoire  de  la  dentelle  bruxelloise 
et  nous  devons  remercier  les  membres  de  la 
Confrérie  de  Notre-Dame  de  Miséricorde,  qui  con- 
sentent à  nous  le  confier,  en  dehors  des  moments 
où  les  besoins  du  culte  nécessitent  sa  présence 
à  l'église. 


-  49  — 

Ce  sont  encore  des  voiles  de  bénédiction  que 
nous  retrouvons  dans  le  meuble  à  panneaux,  fai- 
sant suite  au  précédent. 

Le  voile,  à  gauche,  représentant  le  Baptême  du 
Christ,  porte  la  date  1759.  Il  provient  de  l'église 
du  Béguinage,  à  Bruxelles,  laquelle  formait,  tout 
comme  l'église  de  Sainte-Catherine,  une  dépen- 
dance de  la  paroisse  de  Saint- Jean-Baptiste,  à 
Molenbeek.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  nous 
retrouvions  sur  le  présent  voile  la  scène  que  le 
voile  de  Sainte-Catherine  nous  avait  déjà  retracée. 

La  forme  en  cœur,  ou  plutôt  en  poire,  qu'affecte 
cet  objet,  n'est  pas  des  plus  heureuses  et  le  carac- 
tère déjeté  de  la  guirlande,  sur  fond  de  brides, 
qui  encadre  le  sujet  central,  achève  de  lui  donner 
un  air  asymétrique  et  gauche.  L'enfilade  de  larges 
«jours  »  ovales,  suspendus  au  pourtour  de  la  scène 
principale,  comme  les  perles  d'un  collier,  est  d'un 
dessin  disgracieux  et  lourd.  Il  en  est  de  même  des 
«  jours  »  qui  s'arrondissent  en  cercle  autour  du 
Saint-Esprit.  Mais,  sous  ces  réserves,  le  voile 
est  des  plus  intéressants  par  sa  date,  ainsi  que 
par  sa  technique  soignée,  bien  digne  de  l'époque 
florissante  à  laquelle  il  appartient. 

Contrairement  à  ce  que  nous  avions  rencontré 
jusqu'à  présent,  la  maille  drochel  fait  le  fond  de 
l'encadrement,  tandis  que  les  figures  et  la  date 

3 


—  50  — 

25.  ont  leur  champ  formé,  soit  de  grandes  mailles 
hexagonales,  simples  ou  picotées,  soit  de  brides 
picotées. 

Contrastant  avec  son  voisin,  le  voile,  à  droite, 
est  un  modèle  de  légèreté  et  de  bon  goût.  Il 
représente  l'Assomption  de  la  Vierge.  La  figure 
principale,  portée  sur  des  nuages,  d'où  sortent 
des  têtes  d'anges,  est  un  morceau  de  maîtrise, 
au  point  de  vue  de  l'exécution  des  toiles,  contour- 
nés de  reliefs  délicats,  en  même  temps  que  des 
«  jours  r>  et  des  traînées  de  «  points  d'esprit  », 
répandus  sur  la  robe  de  la  Mère  de  Dieu. 

La  maille  drochel  règne  dans  tout  le  fond. 
L'intérieur  des  cartouches  et  des  ramages,  que 
remplissait  la  simple  maille  à  cinq  trous,  durant 
la  première  moitié  du  XVIIIe  siècle,  est  occupé 
maintenant  par  des  «  jours  »  variés,  d'une 
extrême  délicatesse. 

Il  convient  d'accorder  également  une  mention 
à  l'élégance,  toute  française,  des  bouquets  et  des 
branchages,  dont  la  discrétion  frise,  du  reste,  un 
peu  la  maigreur.  C'est  le  prélude  de  cette  réac- 
tion de  simplicité,  qui  marqua,  dans  la  dentelle, 
comme  dans  la  lingerie,  l'époque  de  Marie- 
Antoinette  et  donna  la  faveur  aux  larges  champs 
de  réseau. 


-  51  — 

Les  trois  voiles,  exposés  de  l'autre  côté  de  ce 
meuble,  nous  ramènent  en  plein  esprit  flamand. 

Celui  du  centre  est  l'un  de  nos  morceaux  les 
plus  intéressants.  Il  provient  de  l'église  de  Sainte- 
Catherine,  à  Bruxelles,  où  il  dut  appartenir  à 
quelque  confrérie  de  Notre-Dame  d' Affligera. 
C'est,  en  effet,  cette  vierge  miraculeuse  qu'illustre 
sa  composition. 

Saint  Bernard,  en  visite  à  l'abbaye  d'Affligem, 
omit,  un  jour  qu'il  passait  devant  la  statue  de  la 
Vierge,  placée  dans  le  cloître,  de  saluer  cette 
dernière  d'un  Ave  Maria,  suivant  la  coutume  de 
la  maison;  la  Vierge  l'en  reprit  spirituellement,  en 
lui  adressant  elle-même  la  parole  :  «  Je  vous 
salue,  Bernard,  »  parole  qui  mit  d'ailleurs  le 
comble  à  sa  célébrité.  Telle  est  la  scène  que 
rappelle  la  partie  centrale  de  notre  voile. 

L'ordonnance  générale  de  la  composition  relève 
absolument  du  style  Louis  XIV.  D'autre  part, 
le  fond  de  mailles,  sur  lequel  elle  se  détache, 
est  pareil  à  celui  du  voile  de  Notre-Dame  des 
VII  Douleurs,  que  nous  dations,  au  plus  tard, 
du  commencement  du  XVIIIe  siècle.  Le  décor 
environnant  semble  cependant  moins  ancien  et 
l'on  y  trouve  déjà  les  formes  en  éventail,  qui  furent 
en  faveur  vers  le  milieu  de  ce  même  siècle.  Nous 
serions  donc  disposé  à  placer  aux  environs  de  1730 


—  m  — 

26.  l'exécution  de  cette  pièce  remarquable,  que  nous 
devons  à  la  générosité  de  Monsieur  et  de  Madame 
Beernaert. 

Les  deux  voiles,  à  droite  et  à  gauche,  pré- 
sentent, dans  le  haut,  cette  forme  coupée  droite, 
dont  nous  avons  parlé  et  qui  s'explique  par  leur 
ancienne  monture  sur  une  barre  de  suspension. 

Le  premier  date  de  l'époque  de  Louis  XV.  Il 
représente,  sur  un  fond,  lozangé  de  points  d'esprit, 
l'Agneau  mystique,  au-dessus  duquel  des  anges 
soutiennent,  d'une  main,  la  couronne  impériale, 
tandis  que,  de  l'autre,  ils  balancent  un  encensoir. 
Dans  le  bas,  l'inscription  «  Ecce  Agnus  Dei  », 
accostée  de  deux  oiseaux.  Plus  bas  encore,  le 
monogramme  de  la  Vierge.  A  gauche  et  à  droite, 
saint  François  et  saint  Antoine  de  Padoue.  Le 
reste  de  la  composition  montre  des  fleurs  et  des 
oiseaux,  sur  un  fond  treillissé,  qu'aveuglent  de 
gros  pois,  suspendus  dans  les  interstices. 

Les  remplissages,  au  moyen  de  la  maille  à  cinq 
trous,  se  retrouvent  ici,  mais  dominés  par  la  pro- 
fusion des  points  d'esprit,  pour  lesquels  l'ouvrière 
semble  avoir  éprouvé  une  vraie  prédilection. 

Le  voile,  à  gauche,  paraît  être  un  peu  plus 
ancien,   à    en  juger    par  le  caractère  nettement 


—  53  — 

Louis  XIV  de  la  composition,  en  même  temps 
que  par  les  mailles  servant  de  fond  au  médaillon 
central,  dans  lequel  se  trouve  représentée  l'Im- 
maculée Conception. 

Cette  pièce,  dans  laquelle  abondent  les  toiles 
nuancés  et  grillés,  ainsi  que  les  fleurettes  très 
aplaties,  porte,  par  le  fait  même,  les  caracté- 
ristiques de  la  dentelle  de  Brabant. 

Le  cadre  suivant  renferme  une  sorte  de  voile, 
fait  pour  servir  de  devant  de  robe  dans  l'habil- 
lement d'une  statue  :  ce  qui  explique  qu'il  ait  la 
forme  d'un  trapèze,  découpé  à  bords  droits  sur 
trois  de  ses  côtés. 

Nous  n'avons  pas,  croyons-nous,  à  insister  sur 
la  beauté  de  ce  morceau,  dont  le  sujet  principal, 
d'une  fort  bonne  composition,  représente  les  Ver- 
tus Théologales,  dominées  par  l'œil  de  Dieu. 

En  ce  qui  concerne  la  facture,  nous  nous  trou- 
vons, de  nouveau,  en  présence  d'un  réseau  de  mailles 
drochel,  servant  de  fond  aux  figures,  tandis  que 
le  reste  de  l'ornementation  se  détache  sur  un 
fond  de  brides.  Les  toiles  et  les  «  jours  «  rivalisent 
de  finesse  et  de  précision.  Le  grand  chevron 
fleuri,  dans  lequel  s'encastre  la  scène  principale, 
est  bordé  d'une  large  bande,  constituée  par  un 
champ   de  barrettes,  entre  lesquelles  zigzaguent 


—  M  — 

27.  des  brides  picotées.  C'est  l'apparition  d'un  motif 
favori  de  la  dentelle  bruxelloise,  dont  le  principe 
s'annonçait  déjà  dans  le  premier  des  voiles  de 
l'église  de  Saint-Nicolas. 

Il  y  a,  çà  et  là,  quelques  rehauts  de  point  à 
l'aiguille,  autre  pratique  assez  fréquente  dans  les 
dentelles  d'apparat,  exécutées  à  Bruxelles. 

Cette  belle  pièce  est  accompagnée  de  man- 
chettes assorties,  d'une  exécution  aussi  parfaite 
que  le  reste. 

Un  long  usage  l'a  rendue  si  fragile  qu'il  n'était 
plus  possible  de  s'en  servir,  sans  risquer  d'y  causer 
des  dégâts  irréparables.  C'est  pourquoi  la 
Fabrique  de  l'église  de  Notre-Dame  de  la  Cha- 
pelle, à  Bruxelles,  à  qui  elle  appartenait,  a  jugé 
préférable  d'en  assurer  la  conservation  dans  les 
collections  de  l'Etat. 

La  somme  nécessaire  à  son  acquisition  nous  a 
été  généreusement  fournie  par  M.  van  der  Strae- 
ten  Solvay,  devenu  de  la  sorte  le  donateur  de  ce 
remarquable  morceau. 

Tous  les  objets  que  nous  venons  de  passer  en 
revue,  représentent  de  la  dentelle  aux  fuseaux; 
l'aiguille  y  est  à  peine  intervenue,  de  temps  en 
temps,  pour  ajouter,  par  places,  un  accent  plus 
ferme  et  plus  riche. 


—  55  - 

28  Les  grandes  pièces,  entièrement  travaillées  à 

l'aiguille,  sont  rares  à  Bruxelles,  avant  le  XIXe 
siècle.  Nous  en  possédons  cependant  une  dans 
notre  collection  et  nous  pouvons  ajouter  qu'elle 
suffit,  à  elle  seule,  pour  témoigner  du  degré  de  per- 
fection que  ce  genre  de  technique  avait  atteint  chez 
nous.  C'est  le  manteau  de  Vierge,  exposé  dans  le 
cadre  n°  28,  adossé  au  précédent.  Il  provient  de 
l'abbaye  d'Affligem ,  où  il  ornait,  au  XVIIIe 
siècle,  la  Vierge  célèbre,  dont  il  fut  question  à 
propos  du  voile  représentant  le  miracle  de  saint 
Bernard. 

Le  manteau  rappelle,  à  son  tour,  le  miracle  en 
question  ;  il  porte,  en  effet,  inscrits  aux  deux 
extrémités  du  bord  inférieur,  les  mots  :  «  Ave 
Maria  «  et  «  Salve  Bernar...  » 

Nous  savons  qu'il  fut  exécuté  «  par  Mlle  Mascré, 
de  Bruxelles,  assistée  d'une  demoiselle  qui  habi- 
tait avec  elle  »  et  que  cette  personne  l'offrit  à 
Notre-Dame  d'Affligem,  en  1747  (1). 

La  précision  de  cette  date  nous  permet  de  faire 
remonter  au  deuxième  quart  du  XVIIIe  siècle,  le 
motif  en  éventail,  que  nous  avons  déjà  signalé  et  qui 
se  trouve  reproduit  ici  tout  le  long  de  la  bordure. 

Remarquons   aussi    les    semis    de   fleurettes, 


(1)  Nous  devons  ce  renseignement  à  l'obligeance  de  D.  Vincent 
Coosemans,  de  l'abbaye  d'Affligem,  qui  l'a  puisé  lui-même  dans 
un  manuscrit  conservé  à  l'abbaye  de  Termonde. 


28.  ainsi  que  les  vols  d'insectes  et  de  papillons,  dont 
la  présence  va  s'affirmer,  de  plus  en  plus,  pendant 
la  deuxième  moitié  du  siècle. 

La  pièce  a,  sans  doute,  des  lourdeurs,  dues  prin- 
cipalement à  l'opacité  de  l'aiguille  dans  les  larges 
feuillages  ;  mais  l'ensemble  n'en  est  pas  moins  bien 
composé  et  justement  approprié  à  la  destination 
de  l'objet,  qui  perd  nécessairement  à  être  ainsi 
étalé,  à  plat,  dans  un  cadre,  au  lieu  de  s'arrondir, 
en  plis  moelleux,  autour  d'une  statue. 

Quant  à  la  technique,  elle  commande  les  plus 
grands  éloges,  tant  pour  la  finesse  et  la  régula- 
rité du  «  plat  »,  que  pour  l'extrême  délicatesse 
et  la  variété  des  «  jours  ». 

La  maille,  qui  fait  le  fond  du  réseau,  entière- 
ment à  l'aiguille,  diffère  beaucoup  du  point  de 
gaze,  généralement  employé  de  nos  jours.  Néan- 
moins les  dentellières  de  Bruxelles  le  con- 
naissent encore  et  lui  donnent,  nous  ignorons 
pourquoi,  le  nom  de  «  point  un  ». 

Ce  manteau  fait  partie  de  la  donation  Monte- 
fiore,   dont  il  constitue  l'une  des  pièces  capitales. 

Là  se  termine  la  série  des  voiles  et  des  pièces 
«  à  sujets  ».  Il  nous  faut  revenir  maintenant 
aux  dentelles  plus  courantes,  que  nous  avons 
quittées,  on  s'en  souvient,  à  l'époque  des  dentelles 
à  brides,  de  la  deuxième  moitié  du  XVIIe  siècle. 


—  <W  — 

29.  C'est  encore  un  volant  de  ce  genre  que  nous 
retrouvons  dans  le  cadre  n°  29,  adossé  au  couvre- 
pied  d'Albert  et  Isabelle  (rangée  du  milieu).  Il 
paraît  un  peu  plus  jeune  que  le  volant  analogue 
de  la  vitrine  n°  18  :  le  dessin  en  est  plus  clair,  la 
disposition  des  brides  plus  régulière,  la  facture 
plus  soignée. 

L'autre  volant,  placé  dans  le  même  cadre,  offre 
de  grandes  analogies  avec  le  précédent.  Ce  sont 
les  mêmes  jeux  de  lacets  contournés,  encadrant  de 
leurs  boucles  des  petits  «  jours  »,  formés  de  mailles 
à  cinq  trous  et  de  «  grillé  »,  ou  se  dilatant,  par 
places,  pour  enclore  de  ces  mêmes  «  jours  », 
comme  des  îlots  dans  une  rivière.  Seulement, 
le  fond  de  brides  a  disparu  ;  la  dentelle  se  dessine 
entièrement  sur  un  fond  de  réseau,  formé  d'une 
maille  ronde,  qui  n'est  autre  que  la  maille  primi- 
tive de  Bruxelles,  antérieure  à  la  maille  drochel 
et  conservée  principalement  dans  la  dentelle  de 
Brabant.  Ce  fond  de  réseau,  ainsi  que  le  dessin, 
dont  les  éléments  sont  empruntés,  en  grande 
partie,  au  genre  «  candeliere  »,  nous  font  placer 
ce  volant  dans  le  dernier  quart  du  XVIIe   siècle. 

30.  Nous  retrouvons  ces  premières  dentelles  à  fond 
de  réseau  dans  le  bas  de  vitrine,  n°  30  (à  droite  du 
cadre  précédent).  Les  spécimens,  placés  à  gauche, 

3. 


-  58  — 

30.  nous  offrent  les  mêmes  mailles  rondes  que  le  voile 
de  Notre-Dame  des  VII  Douleurs,  exposé  direc- 
tement au-dessus.  Ils  rappellent,  du  reste,  ce  voile 
à  d'autres  titres  encore,  notamment  dans  les 
picots.  Le  sujet  guerrier  de  l'un  d'eux  est  caracté- 
ristique de  l'époque  Louis  XIV. 

Les  trois  morceaux  qui  s'étalent  au  centre  de 
la  vitrine  et  ceux  à  droite,  datent  du  milieu  et  de 
la  deuxième  moitié  du  XVIIIe  siècle.  Ils  sont  d'un 
excellent  travail  et  constituent,  peut-être,  nos 
meilleurs  spécimens  dans  le  genre  «  civil  » .  Deux 
de  ces  jolies  dentelles  nous  ont  été  offertes  par 
M.  Raoul  Warocqué. 

31.  Les  pièces  exposées,  vis-à-vis,  dans  le  bas  de 
vitrine  n°  31,  sont  également  d'une  très  bonne 
facture. 

Signalons  spécialement  les  deux  fragments  de 
nappes  d'autel,  datés  respectivement  de  1751  et  de 
1757,  c'est-à-dire  de  l'époque  de  la  plus  belle 
technique  des  dentelles  à  fond  de  reseau.  Ces 
morceaux,  que  leur  date  rend  particulièrement 
précieux,  nous  ont  été  donnés  par  M.  le  baron 
vander  Bruggen,  ancien  ministre  de  l'Agriculture. 

On  voit,  à  droite,  un  spécimen  élégant,  prêté 
par  Mme  Paul  Errera  et  dans  lequel  nous  signa- 
lerons spécialement  de  jolis  «  jours  »,  à  écailles 
picotées. 


—  59  — 

31.  Dans  la  même  vitrine,  à  gauche,  une  dentelle 

avec  figures  d'animaux,  se  détachant  sur  an 
mélange  de  réseau  et  de  brides,  mérite  aussi  de 
retenir  l'attention. 

Nous  voyons  encore  des  dentelles  de  Bruxelles, 
à  fond  de  réseau  drochel,  dans  les  deux  cadres 
nos  32  et  33,  placés  à  la  muraille,  en  regard  des 
vitrines  dont  nous  venons  de  parler. 

Le  cadre  n°  32  contient  des  dentelles  à  dessin 
Louis  XIV,  notamment  une  pale,  encadrée 
d'une  dentelle  de  Binche. 

Dans  le  cadre  n°  33,  une  autre  pale,  d'une 
composition  originale,  en  style  Louis  XV,  enca- 
drée d'un  point  de  Paris,  façon  Malines. 

Le  morceau,  portant  en  rouge  le  n°  18  et  placé 
immédiatement  sous  la  pale,  est  d'une  exécution 
remarquable. 

Les  six  cadres  et  vitrines  qui  vont  suivre  sont 
consacrés  à  la  dentelle,  dite  de  Brabant.  Rappe- 
lons donc,  en  les  complétant,  les  caractères  de 
celle-ci. 

Au  point  de  vue  du  dessin,  la  dentelle  de  Bra- 
bant affectionne  spécialement  les  grands  motifs, 
les  larges  écussons  ou  médaillons,  entre  lesquels 
des  bandes  ajourées  déroulent  leurs  rivières  ou 


-  60  — 

plaquent  leurs  vigueurs.  Il  en  résulte,  d'habi- 
tude, un  contraste  très  marqué  entre  la  masse 
opaque  des  toiles,  souvent  juxtaposés  et  la  masse 
des  parties  claires,  sur  lesquelles  ces  toiles  se 
détachent. 

Si  l'on  passe  aux  détails,  on  remarquera  la  pré- 
sence, de  toutes  parts,  de  fleurettes  larges  et 
plates,  réunies  parfois  en  cordons  ou  en  touffes 
et  relevées  de  reliefs,  aux  fuseaux,  qui  en  dessi- 
nent le  pourtour  ou  le  cœur. 

La  technique  de  cette  dentelle  est  caractéris- 
tique, notamment  dans  les  toiles,  très  nuancés, 
allant  du  plat  serré  au  toile  tout  à  fait  clair  et 
ajoutant  encore  à  leur  variété,  par  l'emploi,  très 
fréquent,  du  grillé,  cette  sorte  de  toile  dessinant 
des  losanges,  que  vient  recouper  un  troisième  fil. 

Une  telle  variété  s'imposait,  d'ailleurs,  dans  une 
dentelle  qui  a  coutume  de  juxtaposer  les  toiles  sur 
d'assez  grands  espaces,  sans  autre  délimitation, 
entre  eux,  que  des  lignes  de  points  clairs,  dessinant 
les  contours  de  leurs  subdivisions. 

Les  fonds  sont  également  des  plus  variés.  Ils 
comprennent  des  brides,  toujours  picotées,  des 
«  jours  »  et  du  réseau. 

Les  «jours  »  se  partagent  entre  le  fond  de  neige, 
la  maille  à  cinq  trous,  la  grande  maille  hexagonale 
simple,  plus  rarement  le  point  d'esprit,  enfin,  très 


-  61  - 

fréquemment,  les  barrettes  parallèles,  reliées 
par  des  zigzags,  hérissés  de  picots,  l'un  des 
motifs  favoris  de  la  dentelle  de  Bruxelles. 

Le  réseau  est  formé  quelquefois  de  mailles 
drochel,  mais,  plus  ordinairement,  des  mailles 
rondes,  que  nous  avons  relevées,  pour  la  première 
fois,  dans  le  voile  de  Notre-Dame  des  VII  Dou- 
leurs. Par  leur  alignement  rigoureux,  joint  aux 
vides  minuscules,  qui  les  séparent  l'une  de 
l'autre,  ces  mailles  peuvent,  un  instant,  faire 
l'effet  d'être  recoupées  de  lignes  droites,  comme 
dans  le  point  de  Paris  ;  mais  ce  n'est  là  qu'une 
illusion  d'optique. 

Les  deux  fragments  de  volants,  exposés  dans  le 
cadre  n°  34,  constituent  des  morceaux  exception- 
nels, au  point  de  vue,  tant  de  leur  hauteur  que  de 
la  richesse  du  dessin.  Ils  sont  d'une  virtuo- 
sité à  laquelle  la  dentelle  de  Brabant  atteignit 
rarement.  Nous  les  datons  de  la  première  moitié 
du  XVIIIe  siècle. 

Ces  belles  pièces  nous  ont  été  offertes,  l'une  par 
M.  Herman  Stern,  l'autre  par  M.  Léon  Grosjean. 

Les  volants  du  cadre  n°  35  proviennent  de 
l'église  de  Sainte-Gertrude,  à  Louvain.  Ils  sont 
d'une  belle  venue  et,  suivant  l'expression  consa- 


—  6-2  — 

35.  crée,  simples  et  de  bon  goût.  La  maille  drochel  y 
intervient  largement.  Nous  en  plaçons  l'exécution 
vers  1750. 

Ces  trois  volants  présentent  cette  particularité 
qu'ils  s'harmonisent  parfaitement  entre  eux  :  ils 
constituent  ce  qui  s'appelle  une  «  garniture  ». 

36.  Le  volant,  à  fond  de  brides,  de  la  vitrine  n°  36, 
de  même  que  le  fragment  analogue,  exposé  dans  le 
cadre  39,  s'écartent,  au  point  de  vue  du  dessin,  de 
la  règle  reconnue  pour  la  dentelle  de  Brabant. 
Nous  ne  retrouvons  pas  ici  cette  ampleur  des 
motifs,  dont  nous  avons  parlé:  les  fleurs  sont 
singulièrement  isolées  les  unes  des  autres  ;  dispo- 
sées sans  réelle  ordonnance,  elles  ne  forment  pas 
même  un  dessin  suivi.  La  dentelle  de  Brabant 
n'avait  donc  pas  encore  pris  son  aspect  défi- 
nitif à  l'époque  où  ces  pièces  furent  exécutées,  à 
savoir,  au  commencement  du  XVIIIe  siècle. 

On  y  retrouve,  pour  le  surplus,  tous  les  carac- 
tères du  Brabant,  les  toiles  variés,  les  mailles  à 
cinq  trous,  etc. 

Le  fragment  de  petit  volant,  dans  la  même 
vitrine,  est  d'une  rare  délicatesse.  Le  caractère 
profane  de  sa  composition  le  ferait  rentrer  dans  ce 
qu'on  nomme  les  dentelles  «  civiles  » ,  beaucoup  plus 
rares  à  rencontrer  que  celles  à  l'usage  du  culte. 


-  63  - 

La  grande  maille  ronde  et  le  fond  de  brides  se 
partagent  le  champ  du  joli  volant  exposé  dans  la 
partie  verticale  de  cette  vitrine.  Les  «  jours  »,  à 
barrettes  parallèles,  y  jettent  un  heureux  accent. 

Le  volant  peu  élevé,  placé  au-dessus  du  précé- 
dent, représente  le  type  classique,  le  plus  cou- 
rant, de  la  dentelle  de  Brabant  ;  ce  genre  fut 
employé  beaucoup  pour  garnir  les  bas  d'aubes. 

Les  deux  spécimens  de  Brabant,  exposés  dans 
la  vitrine  n°  38,  représentent  un  type  très  pur 
et  bien  caractéristique  de  ce  genre  de  den- 
telles. Us  sont  d'une  extrême  délicatesse  et  la 
légèreté  de  leurs  toiles  va  jusqu'à  la  ténuité.  La 
maille  ronde,  très  courante  dans  le  Brabant, 
forme  le  fond  des  médaillons,  entre  lesquels 
s'interposent  agréablement  les  vigueurs  d'un  fond 
de  brides.  (Collection  Montefiore.) 

Le  cadre  n°  39,  placé  à  la  muraille,  renferme 
aussi  des  spécimens  de  dentelle  de  Brabant.  L'un 
de  ceux-ci,  très  peu  haut,  d'un  dessin  assez  tour- 
menté, et  d'une  texture  très  serrée,  présente  des 
toiles  remarquablement  nuancés. 

Le  moment  est  venu  de  parler  des  barbes,  en 
dentelle  de  Bruxelles,  aux  fuseaux,  exposées 
dans  les  vitrines  40  et  41,  au  milieu  de  la  salle. 


-  64  — 

Les  brides  de  bonnet,  qu'on  appelle  barbes, 
ainsi  que  les  fonds  de  bonnet,  qui  s'y  trouvent 
associés,  entraient  dans  la  composition  d'un 
genre  de  coiffures,  très  goûté  au  XVIIIe  siècle. 
Lorsque  la  mode  de  ces  coiffures  eut  pris  fin,  on 
démonta  ces  dernières.  Les  barbes  furent,  le  plus 
souvent,  mises  bout  à  bout,  pour  servir  de  cra- 
vates. Les  fonds  de  bonnet,  désormais  inutilisa- 
bles, s'en  allèrent  dans  les  tiroirs  et  les  petites 
dentelles,  qui  les  accompagnaient,  se  perdirent 
dans  des  utilisations  de  divers  genres. 

L'art  de  la  dentelle  put  s'exercer  à  plaisir  dans 
cet  article  si  coquet,  dont  les  pièces,  de  formes 
diverses,  lui  fournissaient  l'occasion  d'harmoniser, 
sur  un  petit  espace,  des  compositions  variées  et 
d'y  répandre  la  virtuosité  d'une  technique  raffinée. 
Malines,  Valenciennes  et  Binche,  autant  que 
Bruxelles,  produisirent,  en  ce  genre,  des  quantités 
de  beaux  ouvrages;  mais  ce  fut  Bruxelles  qui 
l'emporta  pour  la  richesse  et  l'originalité  des 
compositions. 

40,  Le  milieu  du  panneau  A  de  la  vitrine  40  est 

occupé  par  une  barbe,  à  fond  de  brides  minus- 
cules, constituées  d'un  simple  fil,  sans  picots.  Les 
toiles,  très  fins  et  relevés  de  brodes,  voisinent  avec 
des  «jours  » ,  dans  lesquels  domine  le  fond  de  neige. 


—  65  — 

La  technique  générale  de  la  pièce  n'est  pas 
encore  vraiment  celle  du  XVIIIe  siècle.  L'ordon- 
nance de  la  composition  tient,  d'ailleurs,  beau- 
coup du  Louis  XIV.  Aussi  plaçons-nous  l'exé- 
cution de  ce  morceau  tout  au  commencement  du 
XVIIIe  siècle. 

Les  autres  barbes,  ainsi  que  le  fond  de  bonnet, 
exposés  sur  les  panneaux  A  et  B  de  la  vitrine  40, 
forment  une  série  de  pièces  sortant  absolument  de 
l'ordinaire.  On  n'y  découvre  pas  le  moindre  fond 
de  réseau.  Les  toiles,  variés,  comme  dans  la  den- 
telle de  Brabant,  sont  juxtaposés,  sans  autre 
interposition  que  des  traînées  de  points  clairs,  ou 
de  points  d'esprit,  du  fond  de  neige,  ou  bien  encore 
de  minuscules  brides,  barrant  de  rares  éclair - 
cies,  qu'on  prendrait,  à  première  vue,  pour  des 
déchirures,  plutôt  que  pour  des  «  jours  «  inten- 
tionnels. La  dentelle  en  retire  un  air  d'opacité, 
contrastant  étrangement  avec  l'aspect  aérien, 
auquel  nous  sommes  accoutumés.  Aussi  ces  bar- 
bes nous  parurent-elles,  tout  d'abord,  assez  énig- 
matiques.  Mais  les  toiles  annoncent  le  Brabant; 
les  côtes  en  relief  sont  la  marque  de  Bruxelles, 
dont  nous  retrouvons  également  ici  les  fleurettes 
favorites  ;  enfin,  il  existe  une  évidente  analogie  de 
facture,  voire  même  de  conception,  entre  ces 
barbes   et   le    voile  n°   2   de  l'église   de  Saint- 


—  66  — 

40.  Nicolas,  très  bruxellois,  celui-là,  dont  les  gros 
fruits  et  les  fleurs  démesurées  s'étalent,  de  la 
même  façon,  en  toiles  contigus,  traversés  seule- 
ment de  quelques  éclaircies. 

C'est  pourquoi  nous  avons  rattaché  à  la  fabrique 
de  Bruxelles  les  barbes  en  question. 

Une  barbe  du  même  genre  existe  dans  la  collec- 
tion de  M.  Samuel  Chick,  à  Londres  et  Alan 
S.  Cole,  la  plus  grande  autorité  de  l'Angleterre, 
en  rapporte  la  fabrication  à  la  petite  ville  de  Lyme. 
Mais  on  sait  qu'il  était  de  tradition,  en  Angle- 
terre, d'imiter  les  produits  bruxellois.  La  barbe, 
dont  il  s'agit,  pourrait  donc  fort  bien  avoir  été  exé- 
cutée à  Lyme,  sans  que  nos  conclusions  en  soient 
le  moins  du  monde  ébranlées. 

Nous  daterions  toutes  ces  barbes  du  commen- 
cement du  XVIIIe  siècle. 

De  la  même  époque  doivent  être,  à  notre  avis, 
les  deux  pièces,  fort  rares,  qui  occupent  le  haut 
du  panneau  C.  Elles  sont  à  fond  de  mailles 
rondes,  rigoureusement  alignées,  du  genre  de 
celles  que  nous  avons  signalées,  dans  le  voile  de 
Notre-Dame  des  VII  Douleurs,  comme  devant  se 
rapporter  au  commencement  du  XVIIIe  siècle,  ou 
à  la  fin  du  siècle  précédent.  Le  dessin  à  grandes 
fleurs,  d'une  ordonnance  un  peu  solennelle,  con- 
firmerait pleinement  cette  attribution. 


-  67  — 

L'une  de  ces  barbes,  encore  munie  de  la  petite 
dentelle  assortie  qui  longeait  le  fond,  malheureu- 
sement disparu,  nous  a  été  donnée  par  Mme  Kefer 
Mali. 

Les  autres  barbes  contenues  dans  cette  vitrine, 
de  même  que  celles  de  la  vitrine  suivante,  pré- 
sentent des  types  variés,  du  XVIIIe  siècle  et  com- 
prennent des  morceaux  d'une  grande  finesse.  La 
plupart  appartiennent  à  l'époque  Louis  XV. 

On  remarquera,  sur  le  panneau  D  de  la  vitrine  41 , 
la  garniture  Louis  XV,  avec  jours  à  barrettes 
parallèles,  d'un  fort  beau  travail,  offerte  au  Musée 
par  le  comte  et  la  comtesse  Ferdinand  de  Marnix 
de  Sainte- Aldegonde. 

Les  barbes  du  panneau  G  sont  plus  récentes. 
Elles  marquent  l'établissement  définitif  de  l'appli- 
cation sur  vrai  réseau  drochel,  genre  dont  nous 
allons  également  constater  l'avènement  dans  les 
pièces  plus  grandes,  auxquelles  nous  revenons 
maintenant. 

L'époque  Louis  XVI,  nous  avons  eu  déjà 
l'occasion  de  le  dire,  vit  se  produire  dans  la  lin- 
gerie, comme  dans  d'autres  articles  de  toilette, 
un  esprit  de  simplicité,  venu  trop  tard  malheu- 
reusement pour  apaiser  l'opinion,  montée  par  les 


68 


extravagances  de  l'époque  Louis  XV.  C'est  le 
règne  de  l'uni,  le  temps  des  fins  linons,  semés, 
par  places,  de  fleurettes  ou  de  sveltes  bouquets. 
La  dentelle  suivit  ce  mouvement.  On  vit  le  fond 
de  réseau  grandir  entre  les  fleurs,  s'étaler  de  plus 
en  plus,  aux  dépens  du  décor,  devenu  plus  mince 
et  plus  rare  et  préparer  ainsi,  presque  fatalement, 
l'invention  du  tulle  mécanique,  appelé  à  le 
détrôner. 

A  Bruxelles,  ce  fut  la  maille  hexagonale,  dite 
drochel,  qu'on  employa  constamment  en  guise  de 
réseau. 

Celui-ci  s'exécutait  de  deux  façons  :  autour  des 
fleurs,  en  prenant  ces  dernières  pour  point 
d'attache,  ou  bien  en  pièce  continue,  à  l'instar 
d'une  pièce  de  tulle. 

Le  travail  le  plus  apprécié  était  évidemment 
celui  qui  s'exécutait  directement  autour  des  fleurs, 
se  pliant  à  leurs  contours  et  faisant  corps  avec 
elles.  Cette  technique  se  reconnaît  aisément  aux 
fils  de  réseau  qui  passent  sous  les  fleurs,  de  l'un 
à  l'autre  bord,  et  qu'on  aperçoit  fort  bien  quand 
on  retourne  la  dentelle. 

L'autre  système  consistait  à  exécuter  du  réseau 
à  la  pièce  et  à  l'utiliser,  par  voie  d'application, 
comme  on  le  fit,  plus  tard,  pour  le  tulle. 

L'ouvrière  commençait,  dans  ce  cas,  par  tra- 


—  69  — 

vailler  le  drochel  en  bandes  étroites,  ne  dépassant 
guère  3  centimètres  en  largeur,  et  longues  à 
volonté.  Ces  bandes  étaient  ensuite  réunies  entre 
elles  au  moyen  d'un  point  à  l'aiguille,  dit  «point  de 
raccroc*  et  l'on  en  formait  des  pièces,  dontlalargeur 
variait  selon  l'usage  qu'on  en  voulait  faire.  Le  fait 
est,  du  reste,  confirmé  par  cette  circonstance  que, 
dans  les  champs  de  réseau  d'une  certaine  étendue, 
on  distingue  parfaitement  des  stries  longitudinales, 
distantes  l'une  de  l'autre  de  2  à  3  centimètres,  et 
représentant  la  trace  laissée  par  le  point  de 
raccroc. 

Nous  possédons,  pour  l'époque  Louis  XVI,  un 
beau  volant  d'application  sur  vrai  réseau,  qu'a 
bien  voulu  nous  confier  Mme  Paul  Errera,  bien- 
faitrice inlassable  de  nos  musées,  à  qui  la  circon- 
stance de  ces  prêts  de  dentelles  nous  fournit 
l'occasion  de  dire  notre  reconnaissance. 

Ce  volant,  d'un  dessin  élégant,  que  nous  ne 
nous  occuperons  pas  de  décrire  autrement,  dénonce 
fort  bien  la  tendance,  déjà  rappelée,  de  l'ornement 
à  se  faire  discret  au  profit  du  réseau,  devenu  de 
plus  en  plus  envahissant.  Ce  dernier  porte  nette- 
ment les  stries  caractéristiques  dont  nous  avons 
parlé. 

Le  même  cadre  renferme  une  série  de  manches, 


70  — 


42.  également  à  fond  de  réseau,  marquant,  les 
unes,  l'époque  Louis  XVI,  les  autres  la  fin  du 

Louis  XV. 

43.  La  vitrine  n°  43  renferme  une  bonne  série 
d'applications  sur  vrai  réseau,  appartenant  au 
premier  quart  du  XIXe  siècle.  Ce  sont,  dans  la 
partie  verticale  de  la  vitrine,  à  gauche,  un  voile 
entièrement  travaillé  aux  fuseaux;  à  l'extrême 
droite,  un  voile  dont  les  pièces  appliquées  sont 
faites  à  l'aiguille;  et  enfin,  au  milieu,  un  voile 
de  baptême,  d'un  dessin  très  élégant,  associant  les 
deux  techniques,  aiguille  et  fuseaux. 

44.  Dans  la  partie  inférieure  de  la  vitrine,  on  voit, 
au  centre,  un  voile  du  même  genre  que  les  précé- 
dents et  d'une  exécution  remarquable,  au  point 
de  vue,  tant  du  réseau  drochel,  merveilleusement 
souple  et  fin,  que  des  fleurs  aux  fuseaux  qui  s'y 
trouvent  appliquées.  Ce  morceau  de  premier 
ordre  nous  a  été  prêté  par  Mme  Ànnemans,  née 
van  Volxem. 

A  gauche,  un  coupon  de  dentelle,  assorti  au 
voile  précédent  et  d'une  facture  tout  aussi  belle. 

Tout  à  côté,  un  beau  coupon  d'application  aux 
fuseaux,  pouvant  dater  de  1850  et  néanmoins 
exécuté  encore  sur  vrai  réseau,   d'une  extrême 


—  1]  - 

44.  finesse  et  d'une  grande  régularité.  C'est  un  don  de 
M.  Arthur  Warocqué. 

Au  dessus  de  ces  coupons,  deux  jolies  voilettes, 
en  application,  aux  fuseaux,  sur  vrai  réseau, 
données,  l'une  par  Mme  Oswald,  l'autre  par 
Mme  Charles  Grognier, 

Dans  la  même  vitrine,  à  droite,  des  spéci- 
mens délicats  d'application  à  l'aiguille  et  aux 
fuseaux,  toujours  sur  vrai  réseau.  Ces  morceaux 
sont  plus  anciens  que  les  précédents;  ils  remontent, 
en  partie,  à  l'époque  Louis  XVI. 

\Us.  Il  en  est  de  même  des  morceaux  exposés  dans 

le  cadre  nQ  44fo's  (à  la  muraille). 

et 46.  Les  cadres  n°  45  et  46,  placés  à  la  suite  du 
cadre  précédent,  montrent  des  spécimens  d'appli- 
cation à  l'aiguille  sur  tulle  mécanique. 

47.  Ce  dernier  genre  se  poursuit  dans  la  vitrine 

n°  47,  où  se  trouve  exposé  un  beau  volant  d'appli- 
cation, mélange  d'aiguille  et  de  fuseaux.  C'est 
encore  à  M.  Arthur  Warocqué  que  nous  devons 
cet  important  morceau. 

3.  Nous  n'avons  eu,  jusqu'à  présent,    l'occasion 

de  parler  du  point  à  l'aiguille,  de  Bruxelles,  que 


—  72  — 

48.  d'une  façon  presque  accessoire.  Sa  présence  a  été 
signalée  dans  certains  voiles,  où  sa  discrète 
intervention  se  bornait  à  introduire,  çà  et  là,  quel- 
ques touches  plus  fermes  et  plus  précises.  Nous 
l'avons  également  rencontré  dans  le  genre  «  appli- 
cation »,  décorant  le  vrai  réseau  et  le  tulle,  soit 
seul,  soit  associé  à  la  dentelle  aux  fuseaux.  Mais, 
dans  un  cas  seulement,  nous  avons  pu  lui  rappor- 
ter la  production  exclusive  d'une  œuvre  impor- 
tante, à  savoir  le  manteau  de  N.  D.  d'Afûigem. 

Il  ne  faudrait  pas  en  conclure  nécessairement 
que  les  pièces  en  point  à  l'aiguille  fussent  si 
exceptionnelles  que  cela  dans  notre  pays.  La 
dentelle  aux  fuseaux  y  primait,  sans  doute,  tout 
le  reste;  mais  on  a  dû  y  faire  de  l'aiguille,  en 
quantité  suffisante,  pensons-nous,  pour  que  nous 
ayons  à  nous  préoccuper  de  combler  la  lacune  que 
semble  présenter,  à  cet  égard,  notre  collection. 

On  a  pris  souvent  pour  du  point  à  l'aiguille,  de 
Bruxelles,  des  produits  d'Alençon  et  d'Argentan. 
Nous  avons  cru  devoir  restituer  à  ces  dernières 
fabriques  divers  morceaux  qui  se  trouvaient  clas- 
sés autrefois  parmi  les  dentelles  de  Bruxelles. 

On  rapporte,  au  surplus,  que  les  fabricants 
d'Alençon  envoyaient  parfois  leurs  fleurs  à  Bru- 


—  73  - 

xelles,  pour  y  être  montées  ou  appliquées  sur  vrai 
réseau  :  circonstance  peu  favorable,  il  faut  en 
convenir,  à  l'hypothèse  d'une  fabrication  courante 
du  point  à  l'aiguille,  à  Bruxelles.  Nous  possédons 
deux  spécimens  de  ce  mélange  d'aiguille  et  de 
fuseaux,  qui  sembleraient  devoir  donner  crédit  à 
pareille  tradition.  Ils  se  trouvent  exposés  dans  la 
vitrine  n°  48,  réservée  au  point  à  l'aiguille  du 
XVIIIe  siècle. 

Nous  sommes,  dès  à  présent,  mieux  partagés, 
en  ce  qui  concerne  les  dentelles  modernes,  où,  à 
la  différence  de  ce  que  nous  avons  vu  jusqu'ici,  le 
point  à  l'aiguille  tient  la  première  place  parmi  les 
objets  exposés. 

Le  cadre  n°  49  renferme  d'intéressants  spé- 
cimens de  point  à  l'aiguille,  exécutés  à  Bruxelles, 
au  cours  des  quarante  dernières  années.  Ils  ont 
été  offerts  au  Musée  par  Melle  Minne  Dansaert, 
Mme  Paul  Errera  et  M.  Raymond  Siméons. 

Les  éventails  et  les  pièces  détachées,  pour 
éventails,  exposés  dans  le  cadre  50,  sont  encore 
du  point  à  l'aiguille.  Ils  proviennent  delà  maison 
Minne  Dansaert,  à  Haeltert.  L'un  d'eux,  exécuté 
pour  l'Exposition  de  Liège,   en  1905,  est  formé 


—  74  — 

50.  de  sujets  représentatifs  des  neuf  provinces  belges 
et  du  Congo.  11  est  d'une  belle  technique. 

L'éventail  plus  petit,  d'une  jolie  composition 
et  d'un  travail  au  moins  aussi  bon  que  le  précé- 
dent, est  un  don  de  Mlle  Minne. 

51.  Le  cadre  suivant  réunit  des  dentelles  à  l'ai- 
guille, exécutées  en  Belgique,  mais  s'écartant 
des  types  habituels  de  Bruxelles  : 

a)  Point  de  Venise,  de  la  fabrication  de 
Mlle  Minne  Dansaert  et  donné  par  celle-ci  au 
Musée.  Le  losange,  en  point  à  la  rose,  d'une 
technique  remarquable,  a  été  exécuté  spécia- 
lement à  notre  intention  ; 

b)  Animal  fantastique,  d'un  beau  travail,  don 
de  M.  Berghaus  ; 

c)  Panneau  décoratif,  à  figures  et  sujets  anciens, 
acquis  de  la  maison  Lava,  à  Bruxelles. 

52  La   série  qui  précède  est  très   heureusement 

couronnée  par  un  ensemble  de  dentelles,  de  la 
fabrication  de  feu  Léon  Sacré,  de  Bruxelles,  en 
souvenir  de  qui,  sa  sœur,  Mme  Eugène  Marlier 
et  les  enfants  de  celle-ci,  les  ont  généreusement 
offertes  au  Musée. 

C'est,  d'abord,  une  écharpe,  en  application 
sur  tulle,  aiguille  et  fuseaux,  d'un  agréable 
dessin,  et  d'une  exécution  remarquable. 


—  75  — 

52.  L'éventail,  en  point  à  l'aiguille,  qui   l'accom- 

pagne, à  droite,  ne  lui  cède  en  rien  sous  ce  double 
rapport. 

Nous  n'hésitons  pas  à  déclarer,  d'accord  avec 
des  spécialistes  très  autorisés,  qu'on  ne  pourrait 
rencontrer,  dans  les  deux  genres  qui  viennent 
d'être  dits,  des  spécimens  mieux  compris,  ni  d'une 
technique  plus  parfaite. 

Quelques  morceaux  de  moindre  importance, 
mais  d'une  grande  finesse  également,  complètent 
cette  belle  démonstration  du  savoir-faire  bruxel- 
lois. 

Le  portrait  de  Shakespeare,  en  point  à  l'aiguille, 
est  étonnant  de  précision. 

Le  point  de  Venise,  dit  point  d'ivoire,  exécuté 
dans  les  ateliers  de  Bruxelles,  en  1882,  ne  laisse 
rien  à  désirer,  non  plus,  au  point  de  vue  de  la 
technique. 

On  doit  en  dire  autant  du  point  à  l'aiguille, 
montrant  des  palmes  et  des  guirlandes,  se  dérou- 
lant sur  un  fond  de  point  «  gaze  »  et  datant  éga- 
lement de  1882. 

Le  fragment  de  robe,  en  point  à  l'aiguille,  dans 
le  petit  cadre,  à  gauche,  est  d'un  travail  moins 
raffiné,  sans  doute,  que  les  pièces  plus  petites 
dont  il  vient  d'être  question  ;  mais  le  caractère 
même  de   l'objet  réclamait  une  exécution   plus 


—  76  — 

52.        robuste,  visant,  avant  tout,  à  donner  une  impres- 
sion décorative. 

Enfin,  dans  le  grand  cadre,  à  droite,  le  coupon 
de  dentelle,  entièrement  aux  fuseaux,  remontant 
à  1879,  nous  montre  que  Léon  Sacré,  au  lieu  de 
se  cantonner  dans  le  travail  à  l'aiguille,  cherchait 
à  faire  également  «  très  beau  »  dans  le  domaine 
des  fuseaux,  et  qu'il  y  réussissait. 

Le  superbe  don  que  nous  a  fait  sa  famille  est 
un  magnifique  hommage  rendu  à  la  mémoire  de 
ce  dentellier,  sincèrement  épris  et  respectueux 
de  son  art,  qu'il  éleva,  peut-on  dire,  au  plus  haut 
degré  de  perfection  que  la  dentelle  de  Bruxelles 
ait  atteint  dans  ces  dernières  années. 


Flandre. 

53  à  55.  Ainsi  que  nous  l'avons  dit  en  commençant,  les 
premières  dentelles,  fabriquées  dans  les  différents 
centres  des  Pays-Bas,  étaient  confondues,  à 
l'étranger,  sous  la  dénomination  générale  de  den- 
telles de  Flandres.  Les  spécimens  que  nous  expo- 
sons, sous  ce  nom,  dans  les  cadres  53  et  suivants, 
pourraient  donc  être  revendiqués  par  d'autres 
centres  encore  que  la  Flandre  proprement  dite. 
Ils  comprennent   surtout  des  picots,  des  dents 


77 


et  des  «  becs  »  (autrefois,  on  disait  «*  bicques  »), 
dont  on  bordait  les  objets  de  lingerie.  Parmi  ces 
derniers,  les  célèbres  fraises  de  la  dernière 
moitié  du  XVIe  siècle  et  du  premier  quart  du 
XVIIe,  furent  garnies  principalement  de  point  à 
l'aiguille;  mais  les  dentelles  aux  fuseaux  inter- 
vinrent largement  dans  les  grands  cols  retom- 
bants de  l'époque  Louis  XIII. 

Vers  le  milieu  du  XVIIe  siècle,  les  «  becs  » 
s'accusent  de  moins  en  moins  et,  finalement,  ne 
se  traduisent  plus  que  par  une  sorte  d'ondulation 
du  bord  inférieur  de  la  dentelle. 

Le  cadre  n°  56  nous  montre,  au-dessus  d'une 
dentelle  de  ce  genre,  d'une  technique  assez  rude, 
mais  d'un  joli  dessin,  deux  spécimens  d'une  sorte 
de  torchon,  dans  lesquels  nous  ne  pouvons  guère 
voir  autre  chose  que  des  dentelles  paysannes. 

Les  morceaux  qui  les  surmontent  sont  des 
dentelles  à  brides,  de  la  deuxième  moitié  du 
XVIIe  siècle. 

Les  cadres  57  et  58,  nous  montrent  également 
des  dentelles  à  brides,  exécutées,  pensons-nous, 
dans  la  Flandre  proprement  dite.  Nous  y  voyons 
se  dérouler,    tantôt  de  grands  feuillages  et  des 


78  — 


57 et  58.  ramages,  dans  le  style  du  XVIIe  siècle,  tantôt  des 
entrelacs  fleuronnés,  du  type  commun  à  la  Flandre 
et  à  l'Italie.  Ce  genre  de  dentelles  fut  utilisé  princi- 
palement pour  les  garnitures  d'aubes. 

59.  Des  bas  d'aube,  à  fond  de  brides,  occupent 
également  le  cadre  n°  59  adossé  à  la  vitrine  voi- 
sine. 

Ceux  du  bas,  conçus  dans  le  style  «  candeliere  » , 
du  temps  de  Louis  XIV,  se  rapprochent  sensible- 
ment des  spécimens  que  nous  avons  rencontrés 
à  Bruxelles,  vers  la  fin  du  XVIIe  siècle.  Mais  ils 
sont  moins  fins  et  moins  soignés  ;  leurs  brides 
picotées,  de  même  que  leurs  mailles  à  cinq  trous, 
laissent  beaucoup  à  désirer  ;  enfin,  ils  ne  montrent 
plus  les  brodes  caractéristiques  de  la  dentelle  du 
Brabant. 

Le  volant  supérieur,  plus  élégant,  reproduit 
les  ramages  italiens,  «  a  fiorami  »,  qui  demeu- 
rent, en  somme,  ce  que  la  Flandre  a  produit 
de  plus  marquant,  en  fait  de  dentelles  à  fond 
de  brides. 

60.  La  vitrine  n°  60  contient  les  spécimens  de 
Flandre,  à  fond  de  réseau. 

On  confond  souvent  ces  dentelles  de  Flandre 
avec  celles  de  Milan,  qui  leur  ressemblent,  du 


—  79  - 

reste,  à  première  vue.  Mais  les  dentelles  de  Milan 
se  distinguent  par  ce  fait,  qu'en  dehors  de  cas 
exceptionnels,  tels  que  la  représentation  de  figures 
ou  de  grands  ornements,  leurs  toiles  affectent 
presque  toujours  l'allure  d'un  lacet,  de  largeur 
uniforme,  se  repliant  sur  lui-même,  ou  contour- 
nant les  espaces  occupés  par  les  «  jours.  « 

Les  toiles  de  Flandre,  au  contraire,  s'étalent  et 
se  profilent,  «  en  pleine  pâte  »,  peut-on  dire, 
suivant  les  besoins  du  dessin.  Alors  même  qu'ils 
prennent  le  caractère  vermiculaire  des  dentelles 
du  Midi,  ils  ne  le  font  qu'en  se  dilatant  et  se  rétré- 
cissant sans  cesse,  de  façon  à  perdre  complète- 
ment l'air  de  lacet  qu'ils  revêtent  à  Milan. 

La  texture  des  toiles  n'est  pas,  non  plus, 
pareille,  ce  qui  tient,  en  partie,  à  la  qualité  du 
fil,  moins  fin  dans  le  Midi  et  rendant,  dès  lors, 
les  toiles  de  Milan,  non  pas  plus  serrés,  peut- 
être,  mais  plus  compacts  que  ceux  du  Nord. 

Nous  signalerons  d'abord,  dans  la  vitrine  n°  60, 
une  sorte  de  mante,  d'arrangement  assez  récent, 
formée  de  dentelles  de  Flandre,  marquant,  à 
notre  avis,  la  transition  entre  la  bride  et  le 
réseau.  Cette  pièce,  que  nous  devons  à  l'aimable 
générosité  de  Mme  Goldschmidt-Przibram,  est 
entièrement  bordée  d'une   dentelle  de  Flandre, 


—  80  — 

60.  du  temps  de  Louis  XIII,  fort  bien  conservée  et 
d'un  type  très  intéressant. 

Ce  sont  ensuite,  vers  la  droite,  des  ramages  à 
fleurons,  poursuivant  les  traditions  de  dessin  des 
dentelles  à  brides,  tout  en  laissant  entre  les 
fleurs  les  espaces  plus  grands  que  comportait  le 
fond  de  réseau. 

Au  milieu  de  la  vitrine,  sous  la  mante,  une 
jolie  dentelle  religieuse,  portant  l'image  et  le 
monogramme  de  la  Vierge. 

A  gauche,  en  haut,  une  autre  dentelle,  ayant 
servi  d'encadrement  à  quelque  voile,  où  ce  même 
monogramme  se  trouve  associé  à  celui  du  Christ. 

61.  Les  dentelles  de  Flandre  à  fond  de  réseau  se 
poursuivent  dans  le  bas  de  la  vitrine.  Les  toiles  y 
atteignent  un  haut  degré  de  délicatesse.  Nous 
signalerons  spécialement,  à  cet  égard,  les  trois 
petits  morceaux,  placés  à  droite  et  que  nous 
a  donnés  M.  Georges  Moens. 

62.  Les  dentelles  contenues  dans  le  cadre  n°  62 
(à  la  muraille),  nous  paraissent  appartenir  aux 
premières  dentelles  au  fond  du  réseau.  On  peut, 
sans  doute,  les  rattacher  à  la  Flandre,  où  elles 
viendraient  se  ranger  dans  le  genre,  dit  «  Trolle- 
kant  r>.  Mais  on  y  retrouve  des  traits  qui  dési- 


-  81  — 

gneraient  d'autres  centres  encore.  La  technique 
de  Valenciennes,  par  exemple,  s'y  montre  nette- 
ment, sous  une  forme  grossière,  il  est  vrai,  mais 
avec  tous  ses  caractères.  Cette  technique  procé- 
dait de  la  Flandre,  on  le  sait.  Ce  furent,  peut-être 
là,  ses  premières  productions  à  fond  de  réseau,  ou 
bien  encore,  simplement,  les  modèles  qui  lui  four- 
nirent son  point  de  départ. 


Malines 

Dès  qu'on  se  mit  à  faire  de  la  dentelle  en  Bel- 
gique, Malines  prit  certainement  part  à  sa  produc- 
tion. L'on  y  fabriqua  donc,  sans  nul  doute,  des 
guipures  et  des  dentelles  à  brides,  avant  l'intro- 
duction des  fonds  de  réseau.  Cette  ville  pourrait, 
dès  lors,  comme  d'autres  encore,  revendiquer, 
pour  partie,  cet  ensemble  de  guipures  primitives 
et  de  picots,  que  nous  avons  classés  sous  le  nom 
de  Flandres,  qu'on  leur  donnait  alors. 

Mais  la  grande  renommée  des  dentelles  de 
Malines  ne  date  que  du  XVIIIe  siècle,  époque  à 
laquelle  elles  acquirent  une  vogue  extraordinaire. 

Les  fleurs  de  la  Malines,  d'un  toile  générale- 
ment peu  serré,  accusent  leurs  contours  par  un  fil 
plus  gros,  qui  les  borde,  à  la  différence  des  Valen- 

4. 


—  82  — 

ciennes  et  des  Binche,  où  la  limitation  des  toiles 
n'est  pas  soulignée  de  la  sorte. 

Le  réseau  varie.  Quand  il  se  travaille  avec  des 
épingles  (spellewerk),  il  rappelle  le  point  de 
Paris.  Mais  on  l'exécute  aussi  sans  épingles 
(eisgrond),  par  un  tour  de  main,  dont  Malines 
avait  le  secret  et  dont  l'accent,  nécessairement 
plus  personnel,  fit,  en  partie,  le  charme  de  la 
«  reine  des  dentelles  »,  ainsi  que  la  Malines  fut 
appelée  souvent. 

«  Après  avoir  suivi,  dit  M.  Lefébure,  les 
mêmes  tâtonnements  que  la  Valenciennes  pour  le 
choix  d'un  fond  qui  lui  soit  bien  approprié,  après 
avoir  employé  souvent  aussi  le  fond  de  neige,  la 
Malines  a  adopté  une  petite  treille  ronde,  très  légère 
et  très  fine,  qui  est  certainement  la  plus  jolie  de 
toutes  les  mailles  aux  fuseaux...  Très  à  la  mode 
sous  Louis  XV,  elle  a  beaucoup  exploité  les 
dessins  rocailles...  Sous  Louis  XVI,  elle  exécuta 
avec  succès  les  guirlandes  et  les  enlacements 
ajourés  et  quand  on  en  vint  aux  petits  semis,  la 
Malines  allia  merveilleusement  ces  dessins  très 
légers  avec  la  transparence  et  la  régularité  de 
ses  jolies  petites  mailles.  Il  n'est  pas  une  dentelle 
qui  assortisse  mieux  avec  la  gaze  et  la  mousse- 
line. Elle  est  délicieuse  en  barbes  et  en  coif- 
fures et  nos  grand'mères  savaient  fort  apprécier 


-  85  — 

comme  elle  se  chiffonne  agréablement  parmi  les 
cheveux  blancs.  » 

Nous  tenions  à  reproduire  ce  jugement  d'un 
écrivain  français,  fort  distingué,  qui  a  fait  de  la 
dentelle  l'objectif  de  sa  vie  et  dont  le  goût  par- 
fait, en  pareille  matière,  est  bien  connu  de  tout  le 
monde.  Ses  paroles  nous  arrivent  comme  un  écho 
de  la  façon  dont  la  France  adopta  la  Malines  au 
XVIIIe  siècle  et  de  la  faveur  extrême  que  cette 
dentelle  y  rencontra  durant  toute  cette  période. 

Les  vitrines  63  et  64  contiennent  une  collection 
de  barbes  de  Malines,  dont  plusieurs  d'un  très 
beau  dessin  et  d'une  facture  excellente. 

63.  Ce  sont  d'abord,  dans  la  vitrine  n° 63,  celles  dont 

le  fond  est  formé  de  la  vraie  maille  de  Malines 
(eisgrond).  Cette  maille  se  travaillait  d'une  façon 
plus  ou  moins  serrée,  suivant  le  caractère  qu'on 
voulait  obtenir,  ou  même  simplement  suivant  les 
habitudes  de  l'ouvrière.  On  remarquera,  sous  ce 
rapport,  des  écarts  importants  entre  certains  de 
nos  morceaux,  dont  les  uns  montrent  des  mailles 
largement  ouvertes,  tandis  que  d'autres  ont  les 
mailles  serrées  au  point  de  donner  presque  l'im- 
pression d'un  tissu. 

Les  barbes  de  cette  vitrine  (faces  A,  C,  D),  appar- 


-  84  — 

63-        tiennent,  pour  la  plupart,  à  l'époque  Louis  XV. 

Un  peu  plus  ancien,  si  l'on  en  juge  par  le 
dessin,  serait  l'intéressant  morceau  qui  occupe  la 
face  B  de  cette  même  vitrine. 

La  pièce  en  question  nous  offre  le  jeu  complet 
des  dentelles  qui  entraient  dans  la  composition 
des  «  coiffures  »-,  qui  furent  très  à  la  mode 
au  XVIIIe  siècle  et  pendant  une  partie  du 
XIXe. 

Ces  dentelles  se  présentent  ici  comme  formant,  à 
elles  seules,  la  coiffure  entière  ;  et  la  façon  précise 
dont  elles  s'emboîtent,  ferait  croire  qu'elles  ser- 
virent vraiment,  de  cette  manière,  simplement 
posées  sur  la  tête,  comme  une  sorte  de  fanchon. 

Mais  il  est  certain  que  les  dentelles  de  cette 
catégorie  se  sont  prêtées  à  d'autres  arrangements 
encore.  Les  restes  de  linon  ou  de  réseaux  divers, 
qu'on  y  trouve  parfois  attachés,  prouvent  bien 
qu'on  les  combinait  aussi  avec  de  la  lingerie,  ce 
que  confirmerait,  en  outre,  la  présence  habituelle 
d'une  engrêlure  au  pourtour  du  «  fond  ».  Ce 
dernier  a  donc  pu  constituer,  dans  certains  cas, 
un  vrai  «  fond  de  bonnet  »  et  ce  serait  à  bon 
droit,  dès  lors,  que  la  dénomination  lui  en  serait 
restée. 


—  85  — 

64.  Dans  la  vitrine  suivante,  se  placent  les  barbes 

«  façon  Malines  »,  c'est-à-dire  ayant  des  fleurs 
contournées  du  gros  fil  plat,  comme  dans  la 
Malines,  mais  dont  le  fond,  au  lieu  d'être  formé 
des  petites  mailles  malinoises,  est  constitué  par 
une  maille  tout  autre,  ou  par  un  point  de  fantaisie. 

Le  fond  de  neige,  dont  la  dentelle  de  Binche 
s'est  approprié  si  complètement  le  type,  a  été 
utilisé  fréquemment  à  Malines  ;  seulement,  les 
points  de  neige,  au  lieu  d'être  jetés  pêle-mêle, 
comme  à  Binche,  sont,  dans  la  Malines,  disposés, 
d'ordinaire,  avec  une  régularité  qui  leur  donne  la 
valeur  d'un  «  jour  »,  plutôt  que  d'un  simple  fond. 

Les  barbes,  qui  s'étalent  sur  la  face  A  de  la 
vitrine  64,  sont  de  riches  spécimens  de  ce  genre. 

La  cravate,  formée  de  deux  demi-barbes,  por- 
tant le  n°  228  rouge,  a  pour  fond  une  sorte  de 
treillissage,  que  les  dentelliers  modernes  ont 
baptisé  du  nom  «  d'armure  ».  Ce  fond  est  d'une 
grande  transparence  et  d'une  rare  légèreté. 

Les  deux  demi-barbes  de  la  face  B  rentrent 
plus  complètement  dans  la  formule  binchoise.  Il 
eût  même  fallu  les  classer  parmi  les  Binche, 
n'était  le  fil  de  contour  des  toiles  qui  les  rattache 
à  la  Malines.  C'est  de  la  Malines,  «  façon 
Binche  ». 

Le  fond  de  bonnet,  exposé  au-dessus,  est  formé 


—  86  — 

64.  de  deux  pièces,  juxtaposées  en  contre  partie. 
L'effet  est,  sans  doute,  plus  fâcheux  que  si  le  mor- 
ceau avait  été  travaillé  d'une  pièce.  Mais  cette 
défectuosité  était  compensée  par  une  facilité  d'exé- 
cution beaucoup  plus  grande  et,  partant,  par  un 
prix    de  revient  très  réduit. 

Les  faces  C  et  D  de  la  vitrine  réunissent  un 
certain  nombre  de  pièces  «  en  forme  »,  ou  de 
composition  spéciale.  Citons  notamment,  pour  la 
face  C  : 

Une  garniture  de  tabernacle  (n°  55  rouge),  à 
fond  «  armure  »,  portant  la  date  de  1751  ; 

Une  autre  garniture  de  tabernacle,  datée 
de  1739,  avec  l'inscription  :  Sum  panis  vitœ.  Les 
jolies  fleurettes  de  Malines  y  sont  malheureuse- 
ment entremêlées  de  figures  d'anges,  tout  à  fait 
grotesques  ; 

Une  paire  de  manches,  avec  petite  dentelle  as- 
sortie, façon  Malines,  mais  sur  fond  de  mailles  à 
cinq  trous,  de  l'époque  Louis  XV; 

Un  col  Louis  XV,  se  distinguant  par  ses  jolis 
«  jours  »  et  par  l'épaisseur  de  son  fil  de  contour. 

Sur  la  face  D  :  des  garnitures,  dont  nous 
n'apercevons  pas  bien  l'usage,  encore  montées  sur 
leur  ancien  tissu  et  montrant  le  jeu  de  tirettes 
par  lequel  on  les  ajustait. 


-  87  — 

La  vitrine  65-66,  également  consacrée  à  la 
Malînes,  contient  les  spécimens  de  dentelles  cou- 
rantes :  dans  le  bas,  celles  du  XVIIIe  siècle; 
dans  la  partie  verticale,  celles  du  XIXe. 

La  technique  est,  sans  doute,  restée  bonne 
dans  ces  dernières  ;  mais  on  demeure  frappé  de 
voir  combien  la  composition  en  est  courte,  mono- 
tone et  pauvre,  en  comparaison  des  jolis  dessins, 
variés  et  coulants,  qu'avait  produits  le  siècle  pré- 
cédent. Deux  spécimens  seulement  pourraient  être 
cités  comme  faisant  exception;  ce  sont,  dans  la 
rangée  de  gauche,  le  n°  61,  don  de  Mme  Gossey  et 
le  n°  101,  prêté  par  Mme  Annemans.  Mais,  pour  le 
surplus,  la  pauvreté  d'invention,  que  nous  signa- 
lons, se  remarque  jusque  dans  les  pièces  visant  à 
une  certaine  richesse,  telles,  par  exemple,  que  le 
voile  disposé  au  centre  de  la  vitrine.  Ici  encore, 
c'est  l'éternelle  fleurette  qu'on  aperçoit  partout. 
Sous  prétexte  de  se  faire  plus  cossus,  les  bouquets 
se  sont  simplement  alourdis  et  s'imaginant 
accroître  leur  importance,  ils  ont  naïvement  étage 
leur  motif  unique  sur  deux  files,  que  ne  relie  entre 
elles  aucune  attache. 


88 


Anvers. 

67  et  68.  Les  dentelles  de  la  vitrine  nos  67-68  tiennent 
encore  des  Malines;  mais  elles  s'écartent,  à 
certains  égards,  du  type  pur  de  ces  dernières. 
L'industrie  à  laquelle  elles  correspondent  est  celle 
delaprovince  d'Anvers,  prise  dans  son  ensemble. 

On  y  voit  des  spécimens  du  célèbre  Pottekant, 
dentelle  pour  bonnets,  où  dominent  les  gros 
vases  de  fleurs  qui  lui  ont  donné  son  nom. 

Puis  c'est  le  Trollekant,  à  la  dénomination  mal 
élucidée  jusqu'à  présent,  et  dans  lequel  les  points 
et  les  fonds  les  plus  hétérogènes  sont  souvent 
associés  d'une  façon  bizarre. 

Nous  avons  déjà  dit,  du  reste,  que  le  Trolle- 
kant est  une  dentelle  des  Flandres,  aussi  bien 
que  de  la  province  d'Anvers. 

Ce  sont  ensuite  des  dentelles  «  façon  Malines  » , 
exécutées  sur  fond  de  mailles  à  cinq  trous, 
armure,  point  de  Paris,  maille  flamande,  etc. 

Nous  y  avons  joint  quelques  spécimens  de  la 
dentelle  dite  «  de  Hollande  » . 

Les  fleurs  n'y  sont  pas  accompagnées  du  tra- 
ditionnel fil  de  contour  et  le  fond  en  est  formé, 
soit  de  maille  flamande,  soit  d'une  sorte  de  fond 
de  neige.  Ce  genre  n'a  donc  rien  à  voir  avec  la 


—  89  - 

Malines  et  il  se  rattacherait  plutôt  aux  Valen- 
ciennes  ;  niais  il  s'est  fabriqué,  spécialement  pour 
la  Hollande,  dans  le  nord  de  la  province  d'An- 
vers, à  laquelle  la  présente  vitrine  est  consa- 
crée. Nous  ne  pouvions  donc  lui  donner  d'autre 
place. 

On  remarquera,  dans  la  partie  verticale  de  la 
vitrine,  une  nappe  de  communion,  façon  Malines, 
à  fond  de  fantaisie,  déroulant  une  frise  élégante, 
plaquée  de  médaillons,  représentant  des  scènes  de 
la  Bible  :  Eliézer,  la  Manne,  le  Sacrifice  d'Abra- 
ham, etc.  Nous  la  datons  de  l'époque  Louis  XVI. 

(Collection  Monte  flore.) 

Au-dessus  de  ce  morceau  s'étale  un  bas  d'aube, 
dont  l'intérêt  réside  surtout  dans  les  dimensions 
des  fleurs  et  du  réseau  dont  il  est  formé.  Ayant 
à  dessiner  un  volant  un  peu  plus  haut  que  à?  cou- 
tume, l'artiste  n'a  rien  trouvé  de  mieux  que  d'agran- 
dir une  petite  dentelle  qu'il  avait  sous  la  main 
et  de  l'exécuter,  sans  autre  changement,  à  cette 
échelle  démesurée.  La  pauvreté  du  motif  n'en  éclate 
que  davantage,  sans  que  la  netteté  de  l'exécution 
parvienne  à  la  racheter. 


—  90  - 

Valenciennes  et  Binche. 

Le  genre  Valenciennes  comprend  les  Valen- 
ciennes proprement  dites  et  les  dentelles  de 
Binche.  Le  trait  caractéristique,  commun  à  ces 
deux  espèces  de  dentelles,  réside  dans  le  toile, 
d'un  aspect  très  plat  et  qui  touche  directe- 
ment le  fond,  sans  interposition  d'aucun  fil  de 
contour. 

Valenciennes. 

Il  se  fit  certainement  des  dentelles,  à  Valen- 
ciennes, dès  la  première  moitié  du  XVIIe  siècle. 
C'étaient  des  dentelles  à  fond  de  brides,  puisque 
le  fond  de  réseau  n'apparut  que  plus  tard.  Nous 
ne  possédons  point  de  spécimens  de  cette  époque. 

Au  milieu  du  XVIIe  siècle,  l'industrie  dentel- 
lière, qui  s'était  répandue  déjà  aux  environs  de  la 
ville,  se  déplaça  davantage  vers  nos  provinces, 
principalement  du  côté  de  la  Flandre  occidentale, 
où  la  ville  d'Ypres  rivalisa  bientôt  d'importance 
avec  Valenciennes  même.  Les  productions  de  ces 
deux  centres  se  confondent  au  XVIIIe  siècle,  du 
moins  au  point  de  vue  de  la  technique. 

La  Révolution  française  porta  un  coup  fatal  à 
Valenciennes,    où   la   dentelle    sombra    complè- 


—  91  — 

tement,  pour  reprendre  légèrement  au  siècle 
suivant,  et  disparaître  enfin  d'une  façon  définitive. 

L'industrie  résista  mieux  dans  notre  Flandre, 
devenue  l'unique  refuge  de  la  dentelle  de  Valen- 
ciennes  ;  l'on  peut  même  dire,  qu'en  principe, 
toute  la  Valenciennes  du  XIXe  siècle  vient  de  là. 

C'est,  du  reste,  en  Belgique  que  l'on  a  trouvé, 
pour  le  réseau,  la  maille  carrée,  inaugurée  au 
siècle  dernier.  Avant  cela,  l'on  n'employait  que  la 
maille  ronde,  laquelle  n'était  autre  chose  que 
l'ancienne  maille  flamande. 

Si  nous  ajoutons,  enfin,  que  la  ville  de  Valen- 
ciennes faisait,  au  temps  de  sa  première  prospé- 
rité, partie  intégrante  des  Pays-Bas,  nous  en 
aurons  dit  assez,  pensons-nous,  pour  nous  justifier 
d'avoir  rangé  la  Valenciennes  parmi  les  dentelles 
propres  à  la  Belgique. 

La  Valenciennes  est  essentiellement  une  den- 
telle de  lingerie  ;  elle  est  d'un  aspect  plus  «  linge  » 
qu'aucune  de  ses  sœurs.  Ce  qu'elle  vise  n'est 
point  la  richesse  ;  elle  ne  recherche  pas  le  grand 
effet  ;  mais  il  se  dégage  de  ses  blancheurs,  souples 
et  fondues,  une  impression  de  netteté  et  de 
fraîcheur,  qui  fut  la  source  première  de  son 
succès. 

Nos  spécimens  comprennent  des  volants  cou- 
rants, des  barbes  et  des  pièces  en  forme. 


—  92  — 

Les  volants  ne  sont  jamais  bien  hauts  ;  leurs 
dessins,  assez  riches  parfois,  mais  simples  d'ordi- 
naire, sont  presque  toujours  d'une  élégance,  que 
relève  une  technique  soignée. 

69.  Le  cadre  n°  69  en  renferme  de  jolis  spécimens, 

datant  du  XVIIIe  siècle  et  de  la  première  moitié 
du  XIXe. 

Dans  le  bas  du  cadre,  une  série  assez  étendue 
de  barbes  et  de  demi-barbes  présente  des  exem- 
ples variés  de  ce  que  le  XVIIIe  siècle  a  produit 
en  ce  genre. 

Les  pièces  en  forme,  ou  à  dessins  spéciaux, 
furent  toujours,  on  le  comprend,  particulièrement 
soignées.  Nous  devons  la  plus  jolie  de  celles  que 
nous  présentons  ici,  à  l'obligeance  de  M.  Robyn- 
Stocquart,  qui  nous  l'a  confiée  pour  quelque 
temps.  Suivant  une  tradition  de  famille,  cette 
dentelle,  qui  occupe  le  milieu  du  cadre  n°  69, 
provient  de  Marie-Antoinette,  pour  qui  elle  aurait 
été  faite,  à  l'occasion  de  la  naissance  du  Dauphin. 
Les  lys  de  France,  joints  aux  flambeaux  d'hy- 
ménée  et  aux  dauphins  qui  décorent  si  joliment 
ce  précieux  morceau,  confirment  à  souhait  cette 
illustre  provenance. 

A  remarquer  également,  au-dessus  de  la  den- 
telle   précédente,    les    oiseaux    becquetant    des 


—  93  — 

grappes  de  raisins  et,  dans  le  bas  du  cadre,  cinq 
curieux  boutons  maçonniques. 

(Collection  Montefiore .  ) 


Binche. 

La  dentelle  de  Binche  se  rattache  à  la  famille 
des  Valenciennes,  par  ses  toiles,  d'abord,  que  ne 
borde  aucun  fil  de  contour,  puis  encore  par  la 
maille  qu'elle  met  en  œuvre,  quand  il  lui  arrive 
de  montrer  du  réseau,  maille  qui  n'est  autre  que 
celle  de  Valenciennes. 

Elle  se  distingue  des  Valenciennes  proprement 
dites  par  la  texture  spéciale  de  ses  toiles,  à  la 
fois  plus  ténus  et  plus  nuancés,  donnant  une 
impression  de  transparence,  qui  contraste  absolu- 
ment avec  la  netteté  uniforme  des  toiles,  plus 
serrés,  de  la  Valenciennes. 

La  dentelle  de  Binche  fait,  en  outre,  grand 
usage  des  points  clairs  pour  diviser  ses  toiles, 
souvent  juxtaposés  et  pour  leur  donner,  en  même 
temps,  plus  de  légèreté. 

Cette  dentelle  se  caractérise,  enfin,  par  une 
prédilection  des  plus  marquées  pour  ce  qu'on 
nomme  le  fond  de  neige.  Elle  ne  se  borna  pas, 
comme  à  Malines  et  à  Bruxelles,  à  en  former  des 


70. 


—  94  - 

«jours  »  réguliers;  chez  elle,  les  mouchetures  étoi- 
lées  pénétrent  partout,  diversifiant  leurs  aspects, 
se  juxtaposant,  sans  souci  de  la  symétrie  et  finissant 
par  substituer  entièrement  leur  pêle-mêle,  sédui- 
sant du  reste,  au  fond  de  réseau  des  dentelles 
plus  compassées. 

Les  spécimens,  réunis  dans  la  vitrine  verticale 
n°  70,  comprennent,  à  gauche,  des  morceaux  dans 
lesquels  nous  sommes  tenté  de  voir  de  la  den- 
telle de  Binche,  à  fond  de  brides. 

Les  petits  coupons,  placés  au  milieu  et  à  droite, 
marquent  l'évolution  vers  le  fond  de  neige  pur. 

La  longue  pièce,  de  faible  hauteur,  placée 
dessous,  rentre,  de  nouveau,  dans  le  type  mélangé 
de  brides.  Son  dessin  nettement  Louis  XIV  nous 
la  ferait  rapporter  à  la  fin  du  XVIIe  siècle.  Cet 
objet  servit  probablement  de  bas  de  rochet. 

Les  dentelles  de  Binche  n'étaient  pas  hautes, 
en  général.  Le  volant,  à  trois  étages,  cousus 
ensemble,  qui  s'étend  sous  la  pièce  précédente, 
montre  la  façon  dont  on  se  tirait  parfois  d'affaire 
lorsqu'on  voulait  obtenir  une  pièce  de  Binche 
ayant  plus  de  hauteur.  La  candeur  du  procédé 
fait,  un  peu,  son  excuse;  mais  l'effet  de  l'ensemble 
n'en  demeure  pas  moins  fâcheux. 


—  95  - 

71  Dans  d'autres  cas,  on  se  donnait  plus  de  peine 

pour  suppléer  à  cette  inaptitude  de  produire  direc- 
tement des  dentelles  un  peu  hautes.  Le  grand  bas 
d'aube,  à  personnages,  exposé  dans  le  bas  de  la 
vitrine  n°  71,  nous  en  fournit  un  exemple  remar- 
quable. Le  dessin  embrasse  toute  la  hauteur  du 
volant;  mais,  pour  l'exécuter  en  dentelle,  on  Fa 
découpé  en  fragments  irréguliers,  de  hauteur 
moindre.  Ces  fragments  ont  été  ensuite  habile- 
ment rapprochés  par  des  jointes,  dont  on  suit 
fort  bien  la  trace,  tout  le  long  de  la  dentelle, 
vers  la  moitié  de  sa  hauteur. 

Le  volant  qui  nous  occupe,  bien  que  s'écar- 
tant  de  la  formule  habituelle  de  la  dentelle 
de  Binche,  porte  des  caractères  binchois  indé- 
niables, notamment  ces  toiles  nuancés,  trans- 
parents et  sillonnés  de  points  clairs,  qui  ne  se  ren- 
contrent guère  ailleurs,  à  un  tel  degré.  Le  fond 
de  neige  n'intervient,  il  est  vrai,  que  dans  les 
"jours  »,  sans  déborder  dans  le  champ  même 
de  la  dentelle,  entièrement  formé  d'un  fond  de 
mailles.  Seulement  ces  dernières  sont  des  mailles 
flamandes,  les  mailles  de  la  Valenciennes,  celles 
auxquelles  Binche  a  eu  recours,  chaque  fois 
qu'elle  ne  travaillait  pas  uniquement  sur  fond  de 
neige,  mailles  qui,  du  reste,  nous  l'avons  dit, 
retiennent  encore  le  nom  de  Binche  dans  le  lan- 
gage professionnel. 


—  9'6  - 

7i.  Nous  tenons  donc  le  volant  en   question  pour 

une  dentelle  de  Binche,  quitte  à  le  qualifier 
de  pièce  exceptionnelle  et  à  marquer  d'autant  plus 
vivement  notre  reconnaissance  à  Mme  Gold- 
schmidt-Przibram,  qui  eut  la  bonté  de  nous 
donner  ce  morceau,  sans  doute  unique. 

Chose  rare,  la  composition  se  déroule  d'un  bout 
à  l'autre,  sans  aucune  répétition.  On  y  voit,  vers 
la  gauche,  la  grappe  de  Chanaan,  gravement  portée 
par  des  personnages,  en  costume  Louis  XIV.  Plus 
loin,  c'est  le  char  de  la  Religion,  entouré  d'une 
inscription  :  Jubilante  apostole,opus  hoc  suavissimo 
Jesu  douant,  montrant  que  la  dentelle  fut  certaine- 
ment exécutée  à  l'occasion  de  quelque  jubilé  sacer- 
dotal. Les  dimensions  plus  grandes  données  aux 
lettres  chronographiques,  notamment  dans  le 
mot  «  jubilante  »,  annoncent  un  chronogramme, 
d'où  se  dégage  la  date  1730. 

En  poursuivant  vers  la  droite,  on  trouve  un 
personnage,  en  costume  civil,  du  temps  de 
Louis  XIV,  entouré  de  figures  et  d'inscriptions, 
évidemment  en  rapport  avec  l'événement  que  la 
dentelle  voulait  célébrer.  Plus  loin  encore,  se  voit 
l'Agneau  mystique,  couché  sur  le  livre  aux  sept 
sceaux. 

La  date  de  1730,  relevée  ci-dessus,  nous  paraît 
bien  rapprochée,  étant  donnés  non   seulement  la 


—  97  — 

nature  de  la  dentelle  et  les  caractères  du  dessin, 
mais  encore  le  costume  des  personnages,  qui 
dénoterait  plutôt  la  fin  du  XVIIe  siècle  ou  les 
premières  années  du  siècle  suivant.  Mais  il  faut 
bien  s'incliner  devant  le  fait,  quitte  à  conclure 
que  le  dessinateur  retardait  quelque  peu  sur  les 
modes  du  jour. 

Ajoutons  que  cette  dentelle  passe  pour  avoir 
été  exécutée  dans  un  couvent  de  la  province 
d'Anvers,  peut-être  par  quelque  religieuse  venue 
du  Hainaut. 

Les  autres  dentelles  de  Binche,  exposées  dans 
cette  vitrine  n°  71,  ont,  à  côté  du  point  de  neige, 
une  partie  de  leur  fond  formée  de  véritables 
mailles.  Ce  sont  les  mailles  de  Valenciennes, 
dites  aussi  mailles  flamandes  ;  les  dentelliers 
modernes  leur  donnent  encore,  nous  l'avons  dit, 
le  nom  de  point  de  Binche. 

La  vitrine  n°  72  renferme,  enfin,  les  dentelles  de 
Binche,  de  la  dernière  manière.  Le  fond  de  neige 
y  règne  seul  et  les  toiles  y  atteignent  une  ténuité 
encore  plus  marquée  qu'aux  époques  précédentes. 
Nous  y  signalerons  spécialement  un  beau  mou- 
choir, prêté  par  Mme  Emile  Goossens  et  une 
magnifique  barbe  du  XVIIIe  siècle,  appartenant 
à  MUe  Hélène  Godtschalck. 


—  98  — 


73  à  76.  Nous  avons  réuni,  dans  les  meubles  à  volets, 
n0S  73  et  TSbis,  ainsi  que  dans  les  trois  cadres 
nos  74  à  76,  placés  vis-à-vis,  un  grand  nombre 
de  spécimens  de  dentelles  belges,  de  dimensions 
assez  réduites,  pour  la  plupart,  mais  dont  la  réu- 
nion présente  un  véritable  intérêt  documentaire. 

Le  meuble  à  volets,  n°  73,  est  consacré  tout 
entier  aux  dentelles  de  Bruxelles,  tant  à  l'aiguille 
qu'aux  fuseaux  :  on  y  trouvera,  d'un  côté,  les 
morceaux  ayant  au  moins  cinquante  ans  d'âge,  de 
l'autre,  les  pièces  plus  récentes. 

Signalons,  dans  le  premier  cadre  de  la  pre- 
mière catégorie,  un  fragment  de  réseau  drochel, 
tel  qu'on  le  fabriquait  en  vue  du  travail  d'applica- 
tion. Ces  morceaux  se  font  rares;  celui-ci  nous  a 
été  offert  par  Mrae  Kefer-Mali,  qui  a  dessiné  égale- 
ment l'agrandissement  de  la  maille  qui  se  voit 

à  côté. 

Dans  les  cadres  suivants,  se  placent  des  mor- 
ceaux d'application,  tant  sur  vrai  réseau  que  sur 
tulle,  d'époque  relativement  ancienne. 

Le  premier  cadre  de  la  deuxième  rangée 
montre,  au  recto  et  au  verso,  la  suite  des  opéra- 
tions que  nécessite  le  travail  du  point  à  l'aiguille. 

Nous  croyons  répondre  à  un  désir  de  nos 
lecteurs  en  en  donnant  une  brève  description. 


—  99  — 

On  commence  par  prendre  un  calque  du  dessin 
original  ;  puis,  on  place  sous  ce  calque  une  ou 
plusieurs  feuilles  de  papier  mince,  suivant  les 
besoins  du  travail  et,  à  l'aide  d'une  machine  spé- 
ciale, on  pique,  à  travers  l'ensemble,  tous  les 
contours  du  dessin.  Les  piqûres,  obtenues  de  la 
sorte,  sont  ensuite  poncées  au  bitume,  de  manière 
à  obtenir  des  épreuves,  sur  lesquelles  le  dessin 
primitif  apparaît  entièrement  pointillé  en  brun. 

La  ponçure,  qu'on  partage  en  plusieurs  mor- 
ceaux, quand  la  pièce  est  un  peu  grande,  est 
remise  à  l'ouvrière  qui,  à  l'aide  d'un  picot,  la 
traduit  en  piqûres  sur  un  papier  fort,  générale- 
ment noir,  parfois  bleu.  C'est  sur  ce  papier  fort 
que  va  s'exécuter  tout  le  travail. 

Le  papier  piqué  est  d'abord  faufilé,  tout  autour, 
sur  deux  morceaux  d'étoffe,  d'égale  dimension, 
placés  l'un  sur  l'autre.  Gela  fait,  l'ouvrière  com- 
mence la  «  trace  du  dessin  »,  en  appliquant,  sur 
les  contours  de  celui-ci,  un  gros  fil,  qu'elle  y 
maintient  étroitement  au  moyen  d'un  fil  très 
mince,  allant  et  venant  par  les  points  de  piqûre  et 
traversant  non  seulement  le  papier,  mais  encore 
les  deux  petites  pièces  d'étoffe  placées  dessous. 

C'est  ce  premier  bâti  de  gros  fil,  reproduisant 
fidèlement  les  contours  du  dessin,  qui  doit  sup- 
porter le  reste  de  l'ouvrage;   c'est  sur  lui  que 


—  100  — 

73  à,  76.  l'ouvrière  prend  ses  points  d'attache  pour  exé- 
cuter ses  cordonnets,  ses  brodes,  ses  jours,  sa 
gaze,  en  un  mot,  tout  ce  qui  doit  former  comme 
la  chair  de  cette  première  ossature. 

Le  travail  terminé,  il  ne  reste  qu'à  le  déli- 
vrer du  support,  sur  lequel  il  se  trouve  fixé.  A 
cette  fin,  l'ouvrière  saisit  de  chaque  main  l'une 
des  deux  petites  pièces  d'étoffe  auxquelles  tient 
le  papier  et,  par  une  série  de  courtes  saccades, 
les  arrache  l'une  de  l'autre,  rompant  ainsi  les 
minces  fils  d'attache  qui  maintenaient  les  fils  de 
trace  contre  le  papier  piqué.  L'ouvrage  ne  tient 
plus,  dès  lors,  à  ce  dernier  :  il  tombe  dans  la 
main  et  il  ne  reste  plus  qu'à  le  débarrasser  des 
brins  rompus  du  fil  d'attache  qui  y  seraient 
demeurés  attachés. 

L'ingéniosité  du  procédé  réside  notamment  dans 
la  présence  de  la  deuxième  petite  pièce  d'étoffe 
qui,  s'interposant  entre  l'autre  pièce  et  le  papier 
piqué,  supporte  tout  l'effort  de  l'arrachement, 
empêchant  ainsi  le  papier  de  se  déchirer  et  l'ou- 
vrage de  se  déformer. 

Les  sept  papillons,  dont  se  compose  cette 
démonstration,  ont  été  exécutés,  à  notre  demande, 
par  Mlle  Minne  Dansaert,  qui  a  bien  voulu  nous 
en  faire  don. 


—  101  — 

Le  sixième  cadre  renferme  une  série  de  pièces 
détachées,  exécutées  à  l'aiguille  et  destinées 
à  être  appliquées  sur  fond  «  gaze  »,  ou  sur 
tulle. 

On  j  remarquera  notamment  un  oiseau,  entouré 
de  branchages,  délicatement  travaillé.  Cet  objet 
nous  a  été  donné  par  Madame  Préherbu,  de 
Malines,  dont  le  nom  se  retrouve  fréquemment  à 
côté  de  morceaux  intéressants,  donnés  ou  prêtés 
par  elle. 

Les  autres  cadres  renferment  encore  de  bons 
spécimens  offerts,  en  grande  partie,  par  les 
personnes  désignées  sous  chacun  d'eux  et  que 
nous  tenons  à  remercier  de  leur  bienveillant  con- 
cours. 

Le  meuble  à  volets,  n°  73bis,  montre  successi- 
vement des  coupons  de  dentelles  de  Flandre,  de 
Valenciennes,  de  Binche,  de  Malines,  de  Marche, 
de  Couvin,  de  Beaumont,  etc.  Ces  spécimens  sont 
accompagnés,  de  temps  en  temps,  d'agrandisse- 
ments et  de  dessins,  à  grande  échelle,  des  divers 
genres  de  réseau  qui  y  interviennent.  Les  dessins 
en  question  ont  été  exécutés  par  Mme  Kefer-Mali. 
Nous  en  avons  reproduit  quelques-uns  dans  les 
planches   qui    accompagnent  le   présent    Guide. 


—  102  — 

73  à  76.  On  remarquera,  dans  le  cadre  n°  76,  une  pièce 
curieuse,  faisant  partie  du  fonds  Montefiore  :  un 
éventail,  entièrement  en  cheveux,  exécuté  aux 
fuseaux,  par  les  soins  de  M.  Coryn,  de  Bruxelles. 
Nous  nous  permettons  d'attirer  sur  notre  col- 
lection documentaire,  en  formation,  l'attention 
des  Dames  qui  pourraient  nous  aider  à  la  com- 
pléter. De  simples  fragments  de  dentelles,  sou- 
vent perdus  dans  les  tiroirs,  sans  profit  pour 
personne,  peuvent  devenir  des  documents  utiles, 
en  venant  prendre  rang  dans  des  séries  de  l'es- 
pèce. Un  grand  nombre  de  personnes  l'ont  déjà 
compris,  ainsi  qu'on  en  jugera  par  les  noms 
inscrits  en  regard  des  spécimens  exposés.  Nous 
les  remercions  sincèrement  et  nous  formons  des 
vœux  pour  que  leur  exemple  trouve  beaucoup 
d'imitateurs. 


III 


Le  troisième  compartiment  de  la  section  est 
consacré  aux  dentelles  étrangères  :  à  gauche, 
l'Italie;  à  droite,  la  France  et  les  pays  divers. 

La  plupart  des  subdivisions  de  ce  compartiment 
ne  constituent,  nous  l'avouons,  que  de  simples 
rappels  de  ce  qu'elles  devraient  être  en  réalité. 
Elles  montreront,  du  moins,  notre  intention 
de  nous  procurer  successivement  des  spécimens 
de  tous  les  centres  dentelliers  étrangers,  de 
quelque  importance,  et  engageront  peut-être  les 
producteurs  de  dentelles  à  nous  accorder  leur 
bienveillant  concours  dans  ce  but. 

L'importance  de  l'Italie,  au  point  de  vue  de  la 
dentelle,  nous  a  naturellement  amené  à  lui  donner 
le  premier  rang  dans  cette  réunion  internationale. 
Les  spécimens  que  nous  possédons  permettent  de 
suivre  sommairement  le  développement  de  la  den- 
telle, dans  ce  pays,  depuis  le  XVIe  siècle,  jusqu'à 
la  fin  du  XVIIIe.  Ils  proviennent,  en  grande 
partie,  du  fonds  Montefiore. 


—  104  — 

77.  Les  dentelles  exposées  dans  le  cadre  77,  sont 
vraisemblablement  de  la  deuxième  moitié  du 
XVIe  siècle,  époque  à  laquelle  dominait  le  profil 
en  forme  de  dents,  d'où  la  dentelle  tira  son  nom  et 
que  les  Italiens,  de  leur  côté,  ont  rendu  par  le 
mot  «  merletti  »,  qui  signifie  créneaux.  Les  unes 
sont  du  point  à  l'aiguille,  les  autres,  du  travail 
aux  fuseaux. 

78.  Le  remarquable  tablier,  qui  occupe  ce  cadre,  est 
encore  de  la  deuxième  moitié  du  XVIe  siècle.  Il 
importe  de  noter  qu'il  reproduit  exactement, 
comme  forme  et  comme  style,  les  tabliers  que 
nous  rencontrons  danscertains  tableaux  flamands, 
ceux  de  Maitin  Devos,  par  exemple. 

Les  entre-deux  et  la  bordure  sont  travaillés 
aux  fuseaux,  mais  avec  quelques  détails  exécutés 
à  l'aiguille  :  tels,  par  exemple,  les  croix  occu- 
pant le  milieu  des  dentelures  qui  constituent  la 
bordure  du  bas.  [Collection  Montefiore.) 

79.  Le  cadre  suivant  présente  les  dentelles  qui  se 
portaient  au  commencement  du  XVIIe  siècle, 
alors  que  la  mode  des  grands  cols  retombants 
commerçait  à  s'affirmer. 

80.  On  trouve,  sous  le  n°  80,  les  dentelles  de 
l'époque  Louis  XIII  ;   dans  le  bas,   le  point  à 


—  105  — 

80.  l'aiguille  ;  dans  les  rangées  supérieures,  les  den- 
telles aux  fuseaux.  [Collection  Montefiore.) 

81-  Au  milieu  du  XVIIe  siècle,  les  motifs  à  grandes 

fleurs  remplacent  les  dessins  d'aspect  géomé- 
trique, qui  n'avaient  cessé  de  régner  jusqu'alors. 
D'opulents  rinceaux  font  de  la  dentelle  de  cette 
époque  un  ornement  vraiment  majestueux, 
cadrant  bien  avec  les  goûts  et  les  manières  du 
temps.  La  manifestation  la  plus  élevée  de  ce 
genre  est  représentée  par  le  point  à  l'aiguille,  dit 
«  gros  point  de  Venise  »,  qui  occupe  le 
cadre  n°81. 

82.  Le  même  style,  à  larges  rinceaux,  se  retrouve 
dans  cet  autre  genre  de  point  à  l'aiguille,  dit 
«  Venise  plat  »,  dont  on  voit,  dans  le  cadre  sui- 
vant, un  très  bon  spécimen.  Ce  dernier,  qui  fit 
peut-être  autrefois  partie  d'un  tablier,  sert  main- 
tenant de  cadre  à  un  fragment  de  linon,  décoré 
de  tulle  brodé,  moderne,  sans  doute  un  voile 
liturgique.  (Collection  Montefiore.) 

83.  C'est  une  disposition  toute  pareille  que  pré- 
sente, dans  le  cadre  n°  83,  le  riche  tablier,  com- 
plet cette  fois,  dont  la  partie  centrale  est  formée 
de  linon,  brodé  de  fleurs  et  d'oiseaux,  au  plumetis 
et  à  fils  tirés.   Le  point  de  Venise,  à  relief  et  à 

5. 


—  106  — 

83  fond  de  brides,  qui  encadre  cette  broderie,  est 
d'une  très  bonne  facture  et  d'un  dessin  fort  élé- 
gant. Nous  le  datons  du  commencement  du 
XVIIIe  siècle  ou  des  dernières  années  du  XVIIe. 
Cet  important  morceau  appartient  à  Mme  Paul 
Errera. 

84.  Avec  le  XVIIIe  siècle,  apparaissent  des  motifs 
plus  menus.  La  solennité  du  style  Louis  XIV  va 
faire  place  à  la  frivolité,  très  élégante  d'ailleurs, 
de  l'époque  de  Louis  XV.  Cette  disposition  des 
esprits  se  reflète  dans  la  dentelle,  comme  ailleurs. 
Les  spécimens  de  point  à  l'aiguille,  réunis  dans 
le  cadre  n°  84,  permettront  d'en  juger.  L'un  d'eux 
porte  la  date  de  1703,  travaillée  dans  une  grosse 
fleur,  vers  le  milieu  de  la  pièce. 

85.  Le  cadre  n°  85  ne  renferme,  non  plus,  que  du 
point  à  l'aiguille.  Nous  attirons  principalement 
l'attention  sur  les  spécimens  de  point  à  la  rose  ou 
rosaline.  Il  est  impossible  de  pousser  la  virtuo- 
sité plus  loin  que  dans  certaines  de  ces  pièces, 
dont  les  rinceaux  disparaissent  sous  le  fouillis  de 
rosaces  et  de  picots,  dont  ils  sont  surchargés. 
Parfois,  c'est  un  excès  véritable;  mais,  parfois 
aussi,  cette  richesse  se  combine  parfaitement  avec 
les  lignes  générales  du  dessin,  bien  équilibrées  et 


—  107  — 

$5.  d'une  délicate  harmonie.  Tel  est  le  fragment  de 
volant,  de  0  m  30  de  hauteur,  qui  se  voit  vers  la 
droite  du  cadre  et  dont  le  coupon,  soit  dit  par 
parenthèse,  a  été  payé  sur  le  pied  de  6000  francs 
le  mètre. 

Nous  nous  le  sommes  procuré  par  les  soins  de 
M.  Vittore  Abolaffio,  de  Venise,  qui  nous  avait 
déjà  fait  don  du  très  joli  morceau,  du  même  genre, 
placé  à  gauche  du  précédent. 

6.  Ce  cadre  nous   présente,   au  point  de  vue  de 

la  composition,  des  rinceaux  assez  semblables  à 
ceux  des  cadres  précédents,  mais  traduits,  cette 
fois,  en  dentelle  aux  fuseaux.  Certains  de  ces 
morceaux  sont,  à  la  fois,  d'un  beau  dessin  et 
d'une  bonne  exécution.  Tels  le  n°  232,  placé 
vers  le  bas,  et  le  morceau  qui  le  surmonte. 

La  dentelle,  dite  vermicelli,  semée  de  gros 
points  de  neige,  nous  a  été  offerte  par  Mme  De  Meuse. 

89  Les    dentelles,  rencontrées  jusqu'ici,  n'étaient 

que  des  dentelles  à  fond  de  brides.  La  fin  du 
XVIIe  siècle  et  le  commencement  du  XVIIIe 
virent  apparaître,  en  Italie,  comme  chez  nous, 
les  dentelles  à  fond  de  réseau.  Ce  sont  princi- 
palement ces  dernières  qui  ont  occupé  ce  pays  au 
XVIIIe  siècle.  On  peut  voir,  dans  les  cadres  87 


—  108  — 

87  à  89.  à  89,  ce  qu'ont  produit,  sous  ce  rapport,  Gênes 
et  principalement  Milan,  sans  oublier  Venise,  où 
le  point  à  l'aiguille  n'empêcha  pas  de  faire  aussi 
quelque  peu   de  dentelle  aux  fuseaux. 

On  remarquera,  dans  le  grand  cadre  (n°  88),  le 
superbe  volant,  à  sujets  de  chasse,  d'une  si  belle 
technique,  ainsi  que  le  fragment  de  très  haut 
volant,  aux  fleurs  élégantes,  placé  tout  à  côté. 
Ces  deux  morceaux  nous  ont  été  prêtés  par 
Mme  Paul  Errera. 

D'autres  pièces,  celles  notamment  qui  occu- 
pent le  cadre  n°  89,  sont  d'une  excellente  exé- 
cution. 

oo.  Nous  en  dirons  autant  d'un  certain  nombre  de 

spécimens,  exposés  dans  le  meuble  à  volets,  au 
centre  du  compartiment  italien  et  comprenant  du 
point  à  l'aiguille,  aussi  bien  que  de  la  dentelle  aux 
fuseaux. 

Au  XVIIIe  siècle,  le  point  à  l'aiguille  se  pra- 
tique encore  à  Venise,  où  il  donne  naissance  à 
des  produits,  assez  minces  et  menus,  mais  non 
sans  charme  cependant. 

Mais  le  vrai  centre  de  production  s'est  légère- 
ment déplacé  :  il  a  quitté  Venise  pour  Burano, 
situé  d'ailleurs  dans  son  voisinage  immédiat. 


—  109  — 

90.  Dernier  asile  du  célèbre  point  de  la  cité  des 

doges,  Burano  produisit  alors  des  dentelles,  d'un 
aspect  assez  plat  et  monotone,  niais  d'un  bon 
dessin  et  d'une  exécution  encore  fort  convenable. 
Par  un  singulier  retour  de  ce  qui  s'était  passé  en 
France,  en  1665,  Burano  voulut,  à  son  tour, 
imiter  le  point  d'Alençon,  sans  toutefois  y  réussir 
complètement.  Les  spécimens  réunis  ici  peuvent 
en  donner  une  idée,  mais  bien  pauvre,  hélas! 

La  fabrication,  complètement  perdue  à  Burano 
à  la  suite  des  événements  de  la  fin  du 
XVIIIe  siècle,  s'y  est  relevée  par  le  zèle  de  quel- 
ques dames  de  l'aristocratie,  qu'encourageait  le 
patronage  de  la  reine  Marguerite.  L'école  de 
Burano  forme  actuellement  un  établissement 
prospère,  dont  nous  espérons  bien  pouvoir,  quel- 
que jour,  montrer  une  série  de  travaux. 

De  toutes  parts,  d'ailleurs,  on  essaie  de  rendre 
à  l'Italie  la  profitable  activité  qu'y  développa  jadis 
l'industrie  de  la  dentelle. 

En  1893,  la  Comtesse  de  Brazza  exposa, 
à  Chicago,  un  ensemble,  fort  admiré,  de  spé- 
cimens anciens,  réunis  de  toutes  les  parties  de 
l'Italie.  Cette  démonstration,  appuyée  d'un  exposé 
fort  bien  fait,  exerça  la  meilleure  influence  sur  la 
reprise  de  la  dentelle  dans  le  pays,  où  le  senti- 


—  110  — 

90.  ment  des  merveilles  exécutées  dans  le  passé 
donna  l'espoir  d'en  engendrer  de  nouvelles  dans 
l'avenir. 

C'est  une  pensée  du  même  genre, nous  l'avouons, 
qui  nous  a  poussé  à  réunir,  en  un  ensemble  digne 
de  notre  pays,  des  spécimens  de  ce  que  ce  der- 
nier avait  produit  jadis  de  plus  beau  dans  tous 
les  genres  de  dentelle.  Puissent  nos  efforts  être, 
à  leur  tour,  de  quelque  utilité,  en  montrant  ce 
que  nos  ouvrières  surent  faire  autrefois,  et  ce 
qu'elles  sauront  réaliser  encore,  si  l'on  arrive  à 
seconder,  par  des  mesures  pratiques,  un  savoir 
faire  qui  ne  s'est  guère  démenti. 

De  Burano,  la  reprise  du  point  à  l'aiguille  a 
gagné  d'autres  endroits  de  l'Italie  et,  tout  d'abord, 
la  ville  même  de  Venise,  où  des  écoles  furent 
fondées,  l'une  par  M.  Jesurum,  l'autre,  plus 
récemment,  par  M.  Vittore  Abolafiio.  L'un  de  nos 
cadres  renferme  une  vue  de  cette  dernière  école, 
ainsi  qu'une  série  de  petits  travaux  en  cours,  qu'à 
notre  demande,  M.  Abolaflio  a  très  obligeam- 
ment fait  exécuter  par  ses  ouvrières,  de  manière 
à  nous  donner  un  échantillon  de  leur  habile 
façon  de  travailler. 

Le  point  à  l'aiguille  a,  d'autre  part,  été  remis 
en  honneur  à  Bologne,  où  le  Comité,  fondé  sous 


—  111  _ 


le  nornd'^inilia  Ars,  a  réalisé,  dans  ce  genre,  des 
travaux  parfaits  d'exécution,  révélant,  en  même 
temps,  un  sentiment  d'art  des  plus  élevés. 

N'oublions  pas,  enfin,  de  mentionner  W  unci- 
netto  »,  un  genre  de  point  à  l'aiguille  qui  s'exé- 
cute dans  la  Valle  Vogna,  sur  les  pentes  du 
Mont  Rose.  C'était,  d'abord,  une  dentelle  pay- 
sanne, que  les  femmes  du  pays  ne  fabriquaient 
guère  que  pour  leur  consommation  personnelle. 
Une  dame  irlandaise,  Mrs.  Lynch,  a  pris  sur 
elle  d'en  faire  sortir  une  industrie  susceptible 
de  fournir  quelques  ressources  à  la  popula- 
tion, si  pauvre,  de  l'endroit.  C'est  de  sa  géné- 
reuse obligeance  que  nous  tenons  les  spécimens 
exposés  ici  et  dont  quelques-uns  sont  naïvement 
accompagnés  du  prix  courant  auquel  ils  se  débitent. 

La  dentelle  aux  fuseaux  s'exécute  encore  de 
divers  côtés,  en  Italie.  La  ville  de  Gênes  Ta 
complètement  délaissée.  Mais  on  la  retrouve  aux 
environs,  le  long  de  la  Riviera,  spécialement 
entre  Gênes  et  Chiavari,  dans  ces  endroits  char- 
mants qui  ont  nom  Santa  Margherita,  Porto 
Fino,  et  Rapallo.  Nous  possédons  divers  mor- 
ceaux venant  de  ces  endroits,  notamment  un  col 
de  Santa  Margherita,  don  de  Mrae  Ch.  Vander 


—  112  — 

90.       Stappen  et  un  autre,    de  Porto  Fino,    don   de 
Mlle  Ema  Bevers. 

Cantù,  au  lac  de  Corne,  est  également  un 
centre  pour  la  dentelle  aux  fuseaux.  Les  spéci- 
mens, que  nous  en  possédons,  nous  ont  été  gra- 
cieusement offerts,  à  l'intervention  de  M.  Abo- 
laffio,  par  la  firme  bien  connue  «  Manifatture 
riunite  merletti,  Cantù  ».  Ces  dentelles,  d'une 
facture  consciencieuse,  conviennent  surtout  pour 
l'ameublement. 

L'envoi  des  «  Manifatture  riunite  »  comprend 
aussi  un  peu  d'aiguille,  soigneusement  exécutée. 

Autour  de  Venise,  Chioggia  et  Pellestrina 
fabriquent  aussi  de  la  dentelle  d'ameublement; 
ce  sont  des  produits  de  peu  de  valeur,  ceux,  du 
moins,  que  nous  possédons. 

Les  Abruzzes  et  la  Calabre  produisent  princi- 
palement de  la  dentelle  paysanne,  à  dessins 
géométriques,  relevant  encore,  en  grande  partie, 
des  anciens  modèles  de  point  coupé.  On  pourra 
se  faire  une  idée  de  ce  travail  par  la  belle  chemise 
de  paysanne,  exposée  dans  la  vitrine  du  point 
coupé  (n°  10)  ;  cette  pièce  intéressante,  avons- 
nous  dit,  nous  a  été  gracieusement  offerte  par 


—  115  — 

90.        Mme  Ch.  Van  der  Stappen,  qui  se  l'est  procurée 
dans  le  pays. 

Nous  n'hésitons  pas  à  ranger,  finalement,  à  la 
suite  des  centres  dentelliers  de  l'Italie,  la  Dal- 
matie,  où  Zara,  la  capitale,  et  Raguse  la  «  Venise 
slave  »,  luttèrent  autrefois  avec  la  grande  Venise 
elle-même,  sur  le  terrain  de  la  dentelle.  M raeNatalie 
Bruck  Auffenberg,de  Vienne, s'est  donné  la  coura- 
geuse tâche  de  relever  ce  point  de  Raguse,  que 
son  ancienne  gloire  n'avait  pas  empêché  de  se 
perdre  complètement. 

Nous  tâchons,  en  ce  moment  même,  de  réunir 
une  bonne  série  de  spécimens  de  ces  dentelles, 
tant  à  l'aiguille  qu'aux  fuseaux.  Mgr  Bulic,  con- 
servateur du  Musée  de  Spalato,  nous  assiste  en 
cela  de  toute  son  obligeance  ;  nous  lui  en  expri- 
mons nos  vifs  remercîments. 

Bien  que  le  macramé,  ou  dentelle  à  nœuds,  ne 
soit  pas,  à  proprement  parler,  de  la  dentelle, 
nous  ne  pouvons  passer  sous  silence  cette  fabri- 
cation, jadis  très  en  faveur,  principalement  dans 
la  région  de  Gênes. 

Le  macramé  ne  se  fabrique  plus  industrielle- 
ment que  dans  un  seul  centre,  Chiavari,  à  l'est 
de  Gênes,   où  l'on  en  décore  des  tavayoles  ou 


-  114  — 

90.  serviettes.  Nous  en  possédons  divers  spécimens. 
Pour  le  surplus,  la  confection  du  macramé 
est  le  fait  de  quelques  amateurs,  qui,  dégagés 
de  toute  pensée  de  lucre,  peuvent  concentrer 
d'autant  mieux  leurs  efforts  sur  les  côtés  artis- 
tiques du  travail.  M.  Bollati,  de  Rome,  est 
passé  maître  en  ce  genre.  On  en  jugera  par  les 
spécimens  que  leur  auteur  nous  a  très  obligeam- 
ment offerts.  Ils  montrent  à  quel  point  ce  dernier 
est  parvenu  à  plier  la  monotonie  de  procédés  de 
cette  technique,  plutôt  primitive,  à  des  concep- 
tions de  dessin  tout  à  fait  neuves  et  d'un  goût 
vraiment  raffiné. 

M.  Bollati  a  bien  voulu  se  prêter,  en  outre,  à 
nous  former  une  série  de  petits  échantillons  en 
cours  d'exécution,  montrant  la  façon  dont  le 
travail  s'amorce  et  suit  son  cours. 


France. 

La  France  tient  la  première  place  dans  la 
dentelle,  après  l'Italie  et  les  Pays-Bas. 

L'industrie  de  la  dentelle  y  est  fort  ancienne. 
Les  fameux  colporteurs  de  l'Auvergne,  merciers 
infatigables,  vrais  traits  d'union  entre  le  Sud  et 


—   115  — 

le  Nord,  ne  purent  manquer  de  rapporter  au 
pays  la  recette  de  ces  dentelles  qu'ils  chargeaient 
dans  leurs  balles,  aux  deux  bouts  de  leur  course 
et  dont  la  fabrication  devait  leur  être  d'un  si  bon 
appoint,  l'hjver. 

Des  témoignages  précis  nous  montrent  les  den- 
telles en  pleine  production  dans  tout  le  Velay, 
sinon  depuis  le  XVIe  siècle,  du  moins  durant  la 
première  moitié  du  XVIIe.  On  n'y  fabriqua  guère 
d'articles  fins  ;  mais  le  pays  produisit  des  quan- 
tités considérables  de  dentelles  communes,  qui 
s'exportaient  partout,  et  notamment  en  Espagne, 
pour  la  consommation  des  pays  d'outre-mer. 

91  La   dentelle    du    Puy   demeure    actuellement 

encore  le  type  de  ce  genre  de  produits.  M.  Louis 
Oudin,  fabricant  au  Puy  et  vice-président  de 
l'importante  Association  «  la  Dentelle  au  foyer  », 
nous  a  gracieusement  offert  une  importante  série 
d'échantillons,  montrant  la  suite  des  types  de 
fabrication  qui  se  sont  succédés  dans  le  Velay, 
depuis  la  première  moitié  du  XIXe  siècle  jusqu'à 
nos  jours.  Les  dentelles  d'ameublement,  ainsi 
que  les  dentelles  noires,  y  tiennent  une  assez 
grande  place.  Quant  aux  dentelles  d'usage,  elles 
sont  principalement  représentées  par  le  genre 
torchon.  Il  est  à  remarquer  que  les  types  du  Puy 


—  116  — 

91.  servent  de  modèles  dans  les  centres  nouvellement 
créés,  tels  que  la  Chine,  Madagascar,  etc. 
M.  Oudin  a  reconnu  plusieurs  modèles  de  sa 
fabrication  parmi  les  dentelles  qui  nous  viennent 
de  Chine. 

Nous  adressons  nos  vifs  remercîments  à 
M.  Louis  Oudin  pour  le  don  de  cette  intéressante 
série  de  spécimens,  en  même  temps  que  pour  les 
indications  précises  et  instructives  dont  il  a  pris 
soin  de  les  accompagner. 

La  fabrication  des  beaux  produits  français  date 
de  Tannée  1665.  A  ce  moment,  Colbert,  voulant 
définitivement  affranchir  la  France  du  tribut 
qu'elle  payait  à  l'Italie  et  aux  Pays-Bas,  du  chef 
des  dentelles  nécessaires  à  sa  consommation, 
fonda  la  Compagnie  des  Points  de  France,  chargée 
de  développer,  dans  les  centres  les  mieux  désignés 
à  cette  fin,  la  fabrication,  soit  du  point  à  l'aiguille, 
soit  des  dentelles  aux  fuseaux.  La  compagnie  ne 
dura  que  dix  ans;  mais  l'élan  était  donné  et  la 
fabrication  française  se  maintint  en  bonne  acti- 
vité jusqu'à  la  fin  du  XVIIIe  siècle. 

La  France  produisit  principalement  du  point  à 
l'aiguille. 
92  à  95.         La  célébrité  d'Alençon  et  d'Argentan  dépassa 
celle  de  Bruxelles  et  rivalisa,  peut-on  dire,  avec 


—  117  — 

la  gloire  de  Venise  même.  On  trouvera,  dans  les 
cadres  92  à  95,  des  spécimens  de  la  production 
de  ces  deux  centres  dentelliers. 

Le  point  d'Alençon  est  ferme  et  nerveux  ;  ses 
reliefs,  nettement  accusés,  devaient,  en  partie, 
disait-on,  cette  particularité  aux  crins  que  l'ou- 
vrière glissait  souvent  à  l'intérieur  de  son 
point. 

L'Argentan  se  reconnaît  à  sa  maille  plus  large, 
ainsi  qu'au  décor  d'étoiles  qui  s'y  trouve  souvent 
répandu  et  que  l'on  a  désigné  parfois  sous  le 
nom  d'Argentella. 

Nous  signalerons,  dans  le  cadre  95,  un  fond  de 
bonnet,  en  Argentan,  du  travaille  plus  minutieux 
et  le  plus  raffiné.  Il  fait  partie  du  fonds  Monte- 
fiore. 

La  dentelle  aux  fuseaux  n'a  guère  été  pratiquée 
en  France,  en  dehors  du  Velay,  qu'en  Normandie 
et  dans  les  provinces  du  Nord. 

La  Valenciennes  y  éclipse  toutes  ses  sœurs. 
Nous  nous  permettons  de  renvoyer  le  lecteur  à 
ce  que  nous  en  avons  dit,  à  l'occasion  des  dentelles 
de  Belgique.  Qu'il  nous  suffise  d'ajouter  que  la 
fabrication  a  complètement  cessé  dans  la  région 
de  Valenciennes. 


—  118  — 

96  à  98.  Arras  et  Lille  se  trouvent,  un  peu,  dans  le 
même  cas  que  Valenciennes.  Ces  villes  ont  fait 
également  partie  des  Pays-Bas  ;  leur  industrie 
s'est  transportée  en  partie  chez  nous;  les  pro- 
vinces d'Anvers  et  de  Limbourg  font  du  point  de 
Lille  et  nous  avons  dit  précédemment  que  la 
maison  Van  Migem,  notamment,  continuait  à  en 
produire  couramment  dans  le  pays  de  Waes. 
Néanmoins,  la  confusion  entre  les  produits  fran- 
çais et  belges  n'a  pas  été  aussi  complète  que 
pour  les  Valenciennes.  C'est  ce  qui  nous  a  engagé 
à  classer  Lille  et  Arras  parmi  les  centres  français, 
quitte  à  présenter  parmi  nos  documents  de  Bel- 
gique, les  spécimens  de  ces  mêmes  dentelles  qui 
pourraient  se  réclamer  de  notre  pays. 

99  et  99^3  Les  Vosges  fabriquent  également  de  la  dentelle 
aux  fuseaux  ;  Mirecourt  et  Vittel  en  produisaient 
dès  le  XVIIe  siècle.  La  fabrication  du  siècle 
suivant  rappelle  principalement  celle  de  Lille  et 
d'Arras.  Là,  comme  dans  beaucoup  d'autres 
endroits,  l'industrie  faillit  se  perdre  à  la  suite  de 
la  Révolution.  Elle  se  ranima  vers  1830  et,  en 
1851,  la  fabrique  de  Mirecourt- Vittel  comptait 
25,000  ouvrières.  Malheureusement,  la  concur- 
rence de  l'article  commun,  que  les  Vosges  ne 
pouvaient  se  décider  à  produire,  fit  fléchir,  de 


—  119  — 

9et99bis  nouveau,  pour  un  temps,  cette  prospérité.  Ce 
furent  les  demandes  pour  l'ameublement  qui 
déterminèrent  la  reprise,  dont  nous  sommes 
témoins  actuellement.  Mirecourt  et  Vittel  n'ont 
cessé  d'apporter  à  la  fabrication  des  nouveaux 
genres  les  qualités  de  soin  et  de  précision  qui  les 
avaient  toujours  distinguées. 

M.  Edmond  Deltenre,  de  Paris,  a  bien  voulu 
nous  offrir  une  série  de  spécimens  de  sa  fabrique 
de  Vittel,  si  habilement  dirigée  par  M.  H.  Flo- 
rentin. Ces  guipures,  exécutées  en  beau  fil,  sur 
carreaux  tournants,  témoignent  bien  des  qua- 
lités que  nous  relevions,  à  l'instant,  dans  les 
dentelles  des  Vosges,  en  général.  Leurs  dessins 
ne  sont  pas  seulement  élégants  et  d'un  bel  effet 
décoratif  :  ils  donnent,  en  outre,  l'impression  de 
leur  parfaite  appropriation  à  la  technique  dentel- 
lière, qualité  capitale  obtenue  dans  le  cas  présent, 
nous  le  savons,  grâce  à  deux  conditions  qu'il 
importe  de  retenir  :  les  connaissances  techni- 
ques du  dessinateur,  qui,  ses  dessins  terminés, 
s'occupe  lui-même  de  leur  piquage;  et,  d'autre 
part,  l'absence  d'intermédiaires  entre  l'ouvrière  et 
la  direction,  circonstance  qui  joint  aux  avantages 
économiques  que  l'on  sait,  celui  des  rapports 
directs  et  constants  entre  l'auteur  des  dessins  et 
les  ouvrières  chargées  de  les  exécuter. 


—  1-20  — 

100.  Le  reste  de  nos  dentelles  étrangères  se  trouve 

exposé  dans  le  meuble  à  volets  n°  100.  Certains 
pays,  tels  que  l'ancien  Danemark  et  la  Suède,  y 
sont  assez  convenablement  représentés.  Pour 
d'autres,  nous  l'avons  dit,  notre  collection  est 
encore  en  voie  de  formation. 


Danemark. 

L'ancienne  province  danoise  de  Slesvig-Hol- 
stein  a  tenu  jadis  une  place  assez  en  vue  dans 
l'industrie  qui  nous  occupe.  La  petite  ville  de 
Tondern  était,  dès  le  XVIIe  siècle,  célèbre  par 
ses  dentelles,  dont  la  technique  y  avait  été 
importée  des  Pays-Bas.  Le  roi  Christiern  IV  favo- 
risa l'industrie  ;  il  s'occupait  lui-même  d'acheter  les 
dentelles  nécessaires  à  sa  consommation  person- 
nelle. On  conserve,  au  musée  royal  deRosenborg, 
un  col  en  dentelle  qui  fut  porté  par  ce  roi. 
Mme  Sara  Rasmussen,  de  Copenhague,  a  obtenu 
l'autorisation  d'en  prendre  un  piquage,  qu'elle 
nous  a  gracieusement  offert.  Il  se  trouve  placé 
à  côté  de  la  dentelle  que  nous  avons  fait  exécuter, 
sur  ce  document,  par  les  soins  obligeants  de 
MHe  Minne  Dansaert. 

C'est  aux  démarches  de  Mme  Rasmussen  que 


—  121  — 

nous  devons  également  la  plupart  de  nos  den- 
telles de  Tondern.  Cette  amie  dévouée  de  notre 
collection  les  a  sollicitées,  à  notre  intention,  des 
dames  de  Copenhague,  qui  n'ont  pas  hésité  à  les 
lui  remettre  pour  nous. 

Nous  adressons  ici  tous  nos   remercîments  à 
Mme  Rasmussen  et  à  nos  gracieuses  donatrices. 


Suède. 

La  dentelle  suédoise  se  répartit  entre  trois 
centres  principaux  :  la  Scanie,  tout  au  sud, 
Wadstena,  au  bord  du  lac  Vetter  et,  un  peu  plus 
au  nord,  la  Dalécarlie. 

Les  dentelles  de  Scanie,  d'un  dessin  serré, 
rappellent  assez  bien  les  anciens  galons,  dits  pas- 
sements. 

Celles  de  Wadstena  ont  plus  de  grâce  et  de 
dessin,  circonstance  due,  sans  doute,  à  ce  que 
leur  premier  centre  fut  un  couvent  de  femmes,  où 
s'exécutaient,  en  général,  de  beaux  produits. 

La  Dalécarlie  nous  ramène  aux  dentelles  pay- 
sannes, plus  rustiques,  sans  doute,  mais  origi- 
nales et  atteignant  parfois  une  réelle  élégance. 

On  ne  pourra  manquer  de  compléter  ce  léger 
aperçu  de  la  dentelle  suédoise  en  allant  voir,  sur 

G 


—  12-2  — 

îoo.  le  palier  d'entrée,  une  collection  de  dix  coiffures, 
caractéristiques  des  diverses  provinces  de  la  Suède, 
que  M.  et  Mme  Peltzer-De  Mot  ont  eu  la  bonne 
pensée  de  nous  offrir  en  souvenir  de  leur  séjour 
à  Stockholm. 

Angleterre  et  Irlande. 

L'endroit  de  l'Angleterre,  le  plus  célèbre  pour 
ses  dentelles,  est  la  petite  ville  de  Honiton,  dans 
le  Devonshire.  Les  spécimens  que  nous  en  possé- 
dons sont  de  mince  valeur.  Nous  comptons  bien 
nous  en  procurer  d'autres,  en  môme  temps  que 
des  produits  d'autres  centres  encore,  notamment 
du  Buckinghamshire,  du  Bedfordshire,  etc. 

Nous  avons  également  à  organiser  l'exposi- 
tion des  dentelles  qui  se  font  en  Irlande  et  que 
représentent  seulement  ici  les  jolis  spécimens  de 
point  à  l'aiguille,  travaillés  dans  le  couvent  de 
Kenmare.  Ils  nous  furent  donnés  par  Mrs.  Lynch, 
dont  nous  avons  eu  déjà  l'occasion  de  citer  le 
nom,  au  sujet  de  «  l'uncinetto  »  de  la  ValleVogna. 

Suisse, 

La  Suisse  ne  compte  guère  parmi  les  pays 
dentelliers.  On  y  a  fait  cependant  de  la  dentelle 


—  423  — 

autrefois  et,  de  divers  côtés,  l'on  s'efforce  aujour- 
d'hui de  rendre  quelque  vie  à  cette  industrie. 
Nous  n'avons  réuni  jusqu'à  présent  que  quelques 
spécimens,  du  genre  torchon,  offerts  par 
Mme  Kefer-Mali. 

Pays  Slaves. 

Il  y  aurait  à  faire  une  place  assez  importante 
aux  dentelles  slaves,  qui,  chez  les  peuples  de 
l'est  de  l'Europe,  interviennent  d'une  façon  nota- 
ble dans  la  toilette  féminine  et  qui  revêtent,  du 
reste,  une  grande  originalité.  Les  spécimens 
exposés  ici,  sans  être  des  meilleurs,  peuvent 
néanmoins  donner  déjà  une  idée  de  ce  genre  très 
spécial. 

Grèce. 

La  Grèce  s'occupe,  de  son  côté,  d'introduire 
la  dentelle  dans  le  travail  des  femmes.  Une  école 
dentellière  a  été  fondée  à  Athènes,  sous  le  patro- 
nage de  S.  M.  la  Reine.  On  y  fait  des  travaux 
d'aiguille,  à  l'imitation  de  Venise,  et  des  dentelles 
aux  fuseaux,  dans  lesquelles  se  retrouvent,  à  côté 
des  simples  torchons,  des  produits  inspirés  de  nos 
dentelles  belges,  delà  Duchesse  notamment. 


—  124  — 

îoo.  Les  spécimens  exposés  ici  nous  ont  été  donnés 

par  M.  Sainctelette,  à  l'époque  où  il  était  ministre 
de  Belgique,  à  Athènes. 

Chypre. 

Nous  devons  les  quelques  morceaux,  exposés 
sous  ce  nom,  à  l'amabilité  de  M.  Louis  Rosseels, 
consul  général  de  Belgique,  à  Athènes.  Ils  ne 
constituent  pas,  à  vrai  dire,  de  la  dentelle,  mais 
seulement  du  point  coupé.  On  retrouve  dans  ces 
dessins,  restés  géométriques,  l'ancienne  technique 
de  Venise,  demeurée  comme  un  souvenir  de  la 
domination  que  la  cité  des  doges  exerçait  autrefois 
dans  toute  cette  partie  de  l'Archipel. 

Smyrne. 

Le  travail  à  l'aiguille,  caractéristique  de 
Smyrne,  se  compose  de  fleurs  et  d'ornements 
d'une  grande  finesse,  formant  des  petites  guir- 
landes et  des  bouquets,  et  servant  à  orner  des 
objets  de  toilette  ou  de  fantaisie.  On  lui  donne 
le  nom  d'oyah.  Nous  pouvons  en  montrer  un 
assez  joli  spécimen  :  une  petite  bourse,  bordée 
d'une  délicate  guirlande  polychrome,  prêtée  par 
Mme  Eugène  Cumont. 


125  — 


Chine. 


100.  Nous  avons  reçu  du  Gouvernement  chinois  une 

importante  série  d'échantillons  des  dentelles  exé- 
cutées dans  diverses  écoles  dentellières,  dirigées 
par  des  religieuses. 

Ce  sont  exclusivement  des  dentelles  «torchon», 
dont  les  dessins  ont  été  pris  un  peu  partout. 
Nous  avons  dit  plus  haut  que  M.  Oudin,  grand 
fabricant  au  Puy,  y  a  reconnu  divers  motifs 
empruntés  à  ses  propres  modèles.  La  régularité 
et  la  précision  de  leur  exécution  font  de  ces 
dentelles  des  produits  intéressants. 


Brésil. 

Ce  sont  également  des  dentelles  «  torchon  » 
qu'on  fabrique  au  Brésil.  Mais  il  est  à  remarquer 
que  les  modèles,  sans  être  bien  jolis,  sont,  du 
moins,  beaucoup  plus  originaux  que  ceux  d'autres 
pays  lointains. 

Les  spécimens,  que  nous  exposons,  nous  ont 
été  donnés  par  le  Ministère  des  affaires  étrangères. 


-  126  — 


Mexique. 

100.  Le  joli  col  qu'on  voit  ici,   décoré  d'un  aigle 

mexicain,  qui  suffirait  à  lever  tout  doute  sur  l'ori- 
gine de  l'objet,  nous  a  été  gracieusement  offert 
par  Melle  Huart,  de  Jambes-lez-Namur.  La  fabri- 
cation se  rapproche  tout  à  fait  du  genre  dit  Téné- 
riffe,  que  ce  spécimen  représente  chez  nous,  en 
attendant  que  nous  puissions  nous  en  procurer 
des  produits  plus  directs. 


Liste  des  donateurs  : 

M.     Vittore  Abolaffio,  à  Venise. 

Mlle  Ottilia  Adelborg,  à  Gagnef  (Suède). 

Mme  Annemans  van  Volxem,  à  Bruxelles. 

Mlle  Thérèse  Anrich,  à  Copenhague. 

M.  et  Mme  Beernaert,  à  Bruxelles. 

M.     Otto  Berghaus,  à  Bruxelles. 

Mme  la  Chambellan e  de  Beuzon,  à  Copenhague. 

MUe  Emma  Bevers,  à  Ascot,  Berks  (Angleterre). 

M.  et  Mme  Bollati,  à  Rome. 

Mme  Bonmariage,  à  Bruxelles. 

Mlle  Adèle  Boucher,  à  Bruxelles. 

Mme  la  Cesse  Brockenhuis  Schack,  à  Copenhague. 

Mme  la  Générale  de  Bulow,  à  Copenhagne. 

Mme  Z.  Bureau,  à  Bruxelles. 

M.    Félix  Capitaine,  à  Liège. 

M.    Antoine  Carlier,  à  Bruxelles. 

M.     Louis  Cavens,  à  Bruxelles. 

Mme  la  Chambellane  Cederfelt,  à  Copenhague. 

Mme  Edmond  Christiaens,  à  Bruxelles. 

Mme  Hector  Colard,  à  Bruxelles. 

Mme  Croôy,  à  Bruxelles. 

Mme  Adolphe  Cumont,  à  Bruxelles. 


-  128  — 

Mme  Eugène  Cumont,  à  Bruxelles. 

Mlle  Clara  De  Craene,  à  Bruxelles. 

M.     De  Deyn,  à  Ninove. 

Mme  Delehaye,  à  Bruxelles. 

M.     Delmoitlé,  à  Bruxelles. 

M.     Edmond  Deltenre,  à  Paris. 

M.     Pierre  Demangeleer,  à  Bruxelles. 

M,ne  De  Meuse,  à  Bruxelles. 

M,ne  Paul  De  Mot,  à  Bruxelles. 

M.     Eugène  Devaux,  à  Bruxelles. 

M.     Georges  Devemy,  à  Valenciennes. 

Mme  Charles  Dubois,  à  Bruxelles. 

Mlle  Du  Fief,  à  Bruxelles. 

Mme  Max  du  Pon,  à  Bruxelles. 

Mme  Paul  Errera,  à  Bruxelles. 

Mme  la  Cesse  Frys,  à  Copenhague. 

Mlle  Gasparoli,  à  Bruxelles. 

M.  et  Mme  Gérard,  à  Couvin. 

Mme  Goldschmidt  Przibram,  à  Bruxelles, 

Mme  H.  Gossey,  à  Bruxelles. 

Le  Gouvernement  Chinois. 

Mme  Charles  Grognier,  à  Bruxelles. 

M.     Léon  Grosjean,  à  Bruxelles. 

Mme  Hayez,  à  Bruxelles. 

Mlle  Julie  Hayez,  à  Bruxelles. 

Mlle  Huart,  à  Jambes  (Namur). 

Mme  Jaffé  Gluge,  à  Bruxelles. 


—  129  — 

Mlle  Johnston,  à  Paris. 

Mme  de  Jurié,  à  Vienne. 

Mme  Kefer  Mali,  à  Bruxelles. 

Mlle  E.  Lecointe,  à  Bruxelles. 

Mme  Lefebvre  Giron,  à  Bruxelles. 

Mlle  Marie  Legendre,  à  Bruges. 

Mme  Gabrielle  Lies,  à  Bruxelles. 

Mrs.  Lynch,  à  San  Remo. 

Mme  Georges  Macoir,  à  Bruxelles. 

M.  et  Mme  Maillieux,  à  Couvin. 

Mme  Eugène  Marlier,  à  Bruxelles. 

Manifatture  riunite  merletti,  Cantù. 

Cte  et  Csse  Ferd.  de  Marnix  de  S,e  Aldegonde, 

à  Bruxelles. 
Mine  Henri  Martin,  à  Bruxelles. 
M.    Emile  Masuy,  à  Couvin. 
Mme  Mathys,  à  Bruxelles. 
Mme  Henri  Mayer,  à  Anvers. 
Mlle  Minet,  à  Bruxelles. 
Le  Ministère  des  Affaires  Etrangères,  à  Brux. 
MHe  M  inné  Dansaert,  à  Haeltert. 
M.  et  Mrae  Georges  Moens,  à  Bruxelles. 
Mme  Monseur,  à  Bruxelles. 
Mme  Nachtergal  Gravez,  à  Beauinont. 
Mlle  Virginie  Nathan,  à  Rome. 
Mme  Naus,  à  Bruxelles. 
M.    Louis  Oudin,  au  Puy. 


—  130  — 

Mme  Oswald,  à  Bruxelles. 

M.  M.  Oswald  et  Cie,  à  Bruxelles. 

Mme  Peltzer  de  Clermont,  à  Verviers. 

M.  et  Mme  Peltzer  De  Mot,  à  Berlin. 

Mme  Préherbu,  à  Malines. 

Mme  Edgar  de  Prelle  de  la  Nieppe,  à  Brux. 

Mme  Adolphe  Puissant,  à  Bruxelles. 

Frôken  Quaade,  à  Copenhague. 

Mme  la  Csse  de  Rantzau,  à  Copenhague. 

Mme  Sara  Rasmussen,  à  Copenhague. 

Mme  Riocée,  à  Bourlers. 

M.    Robyn  Stocquart,  à  Bruxelles. 

Mme  Rosenthal,  à  Bruxelles. 

M.    Louis  Rosseels,  consul  général  de  Belgique, 

à  Athènes. 
Mïoe  R.  Ruelens,  à  Bruxelles. 
Mlle  Rypens,  à  Bruxelles. 
M.    Sainctelette,  à  Bruxelles. 
Mme  Schellekens  De  Pauw,  à  Lierre. 
Mlle  Carmen  Siebolt,  à  Hanovre. 
M.    Raymond  Simeons,  à  Bruxelles. 
Société  les  Arts  de  la  Femme,  à  Bruxelles. 
Société  des  Amis  des  Musées  Royaux  de  l'État, 

à  Bruxelles. 
Mme  Sohie,  à  Bruxelles. 
Mlle  Hilda  Starck,  à  Stockholm. 
M.    Herman  Stern,  à  Bruxelles. 


—  131  — 

Mrae  Stevens  Geerlandt,  à  Bruxelles. 

Mme  Uihlein,  à  Bruxelles. 

Mme  l'amirale  Uldall,  à  Copenhague. 

Mme  Ulens,  à  Bruxelles. 

Les  Dames  Ursulines,  à  Anibert,  près  Genappe. 

M.    le  Bon  Maurice  van  der  Bruggen,  à  Wiels- 

beke. 
Mme  Charles  van  der  Stappen,  à  Bruxelles. 
M.    van  der  Straeten,  à  Bruxelles. 
Mme  Emile  Vandervelde,  à  Bruxelles. 
Mme  Blanche  van  Donghen,  à  Bruxelles. 
Mme  Benoit  van  Eeghem,  à  Bruges. 
Mlle  Philomène  van  Hammée,  à  Malines. 
M.    Auguste  van  Landschoot,  à  Bruxelles. 
M.    Emile  van  Migem,  à  Anvers. 
M.    Eugène  van  Overloop,  à  Bruxelles. 
M.    l'abbé  Verbesselt,  curé  des   S. S.  Jean  et 

Etienne  aux  Minimes,  à  Bruxelles. 
Mme  Ernest  Verlant,  à  Tervueren. 
Mme  de  Vigneron,  à  Bruxelles. 
Mme  Orner  Vilain,  à  Bruxelles. 
Mme  Polydore  Vits,  à  Deurle. 
M.    Raoul  Warocqué,  à  Bruxelles. 
Mlle  Wedel-Heinen,  à  Copenhague. 
Mlle  Wimpfen,  à  Copenhague. 
M.    le  Bon  Léopold  de  Woelmont,  à  Bruxelles. 
M.    Wouters-Dustin,  à  Bruxelles. 


Liste  des  déposants  : 


Mme  Annemans  van  Volxem,  à  Bruxelles. 

Mme  Adèle  Bayard,  à  Bourlers. 

M.    l'abbé   Boone,  curé  de   Sainte-Gertrude,  à 

Etterbeek. 
La  Confrérie  de  N.  D.  de  Miséricorde  à  l'église 

de  N.  I).  de  la  Chapelle,  à  Bruxelles. 
Mme  Crooy,  à  Bruxelles. 
Mme  Paul  Errera,  à  Bruxelles. 
La   Fabrique    de    l'église   de    Saint-Nicolas,    à 

Bruxelles. 
Mlle  Hélène  Godtschalck,  à  Bruxelles. 
Mme  Emile  Goossens,  à  Middelkerke. 
Mme  Emile  Graffe,  à  Bruxelles. 
M.    Georges  Moens,  à  Bruxelles. 
Mme  Préherbu,  à  Malines. 
M.    Robyn-Stocquart,  à  Bruxelles. 


«         Q 


I* 


,1 


V 


Û 

i—i 

C/j 

ri     w 

fe      Q 

(/; 

O 


.«w.-     — «. 


VI 


A         iï        3,        k 

Fiance      ^ 


«0 


(itaiirj 


^Dentelles   Êtiangèrts 

Ita  r  i£  F  Ta  ru  t- 

00  81       80       7$        75       77 


P 

P 
n 


« 


99        sa' 


31. 


52 


Jo 


■•-' 


Dm 


<ï7 


DeiUtllrs  "Belj^  E 


3 


Biuxelles 


V4 


vv 


*3 


JtS_ 


3F 


<tù 


S 


B 


S3        SJ»        55        56        5J    u, 

ce 

S 


£o 


61 


59 

Flandre 


— zr~ 

halines 


o 
3 

rr 
1/ 


29 


3b 


— 


3? 


JLit. 


TT 


?T 


.21 


w 


sa 


— 


T7T 


SI 


21 


X 


27 


^^ 


6* 

îlahnes 


TT 


2+ 


"H  a  LU  es*" 

i_i 


8  AnVeis  ,9 


a* 


TT 


foVkleacieari&s 


flenuiles  Beije 


-19 


-» 


Trrrr 


W? 


»7   7*    BiruEeT 


72 


riieT 


BT0d,e 


Fifet 
— S{ — 


8 


FI 


TiTê 


9  lacis 


Point  coupée 


iTLdUStTltS  COTIRtXES      hPass&menteiie       Blondes  12 


-fït" 


t} 


TÛÏÏë    Biode 


14 


Boaaets 


Bonnets 


1* 


o 


Outillage 


i 


SMITHSONIAN 


NSTITUTION     NOIlflillSNI     NVINOSHIIIMS^SB  I  UVU  8 

Crt  =  (f) 


A    M 


c 

H 


O 

"JNviN0SHiiiMs:zs3iavaan    libraries   smii   sonian 


70 

> 

c/>  _  c/>  £  w 

SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIinillSNI     NVIN0SH1IWS    S3IUVda 

NviNOSHiiws^sa i dvaa n   li brar i es^smithsonian   institutic 

c/>  —  c/> 

SMITHSONIAN^INSTITUTION^NOIinillSNI^NVINOSHil^S^Saiavaa 


nvinoshims   S3iavaan   libraries   smithsonian    instituts 


SMITHSONIAN      INSTITUTION     NOIlflillSNI     NVIN0SH1IWS     S3IUVH8 
tn  5  </)  —  </) 


1  :^s&       ^^      ^ 

co  2r  co  *      z 

BRARIES    SMITHSONIAN      INSTITUTION     NOIlfUllSNI     NVINOSH1IWS 
co  m  co  —  ( 


m 


uniiiSNi   nvinoshiiws    saiavdan    libraries    smithsonian" 

r~       »  z  r-  Z  r 


co  ±  co  ±  c 

3RARIES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIIDIIISNI      NVIN0SH1IWS 

7L  »  CO  Z  ( 


ilinillSNI__NVI!slOSHll^SC/)S3  I  U  VU  a  ll^LI  B  R AR  I  ES^SMITHSONIAN 

Z  -J  z  —  _, 

3RARIES     SMITHSONIAN     INSTITUTION     NOIinillSNI     NVIN0SH1IIMS 


=  w  S  co 

uniiiSNi   nvinoshiiws   S3idvaan   libraries   smithsonian 

Z  CO  Z  ,<-.  (/> 

3RARIES    SMITHSONIAN      INSTITUTION     NOIlfUllSNI     NVIN0SH1IWS* 
^ ^  <"  i  . .  co  -  ( 


"V